L'Ecosse et la Grèce sont, aux dires d'un grand voyageur, " les deux petits pays les plus romantiques au monde: riches tous deux en paysages et en histoire, tous deux dotés en abondance d'îles enchanteresses. Mais la Grèce, " se plaint notre voyageur, " souffre parfois d'un excès de soleil, l'Ecosse, d'un excès de pluie. "

 

Il est vrai que l'Ecosse, sur son versant occidental particulièrement, est réputée pour son caractère pluvieux. Mais Si elle n'était pas arrosée régulièrement, l'Ecosse ne serait plus l'Ecosse. Ses bruyères

Résultat de recherche d'images pour "bruyere d'ecosse"et ses

fougères ne seraient pas les mêmes, le ru Résultat de recherche d'images pour "le ru"  qui scintille en son vallon

étroit n'aurait peut-être pas tout à fait le même éclat, et la boisson nationale - le whisky -Whisky pourrait bien être dépourvue de ce raffinement qui la fait tant apprécier de par le monde.

 

Entre les douces averses de l'été, pourtant, qui ont le pouvoir de rendre ravissante et vivifiante la sortie matinale comme la promenade du soir, viennent ces journées inoubliables de ciels clairs. Alors, le voyageur est tenté de se tenir coi comme le cerf ou la grouse, et plus rien ne bouge sur la campagne que les buses haut dans les airs, qui décrivent leurs cercles au-dessus des vallons encaissés. Alors s'offre toute la richesse de l'Ecosse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La première place revient au littoral et aux îles - il y en a près de huit cents. L'Ecosse continentale n'atteint pas plus de quatre cent soixante-dix kilomètres de long, pas plus de deux cent quarante kilomètres dans sa plus grande largeur. La côte s'étend sur des milliers et des milliers de kilomètres, et l'on affirme que l'Ecosse, dans ses aspects les plus beaux et les plus nobles, ne peut se percevoir que du pont d'un navire. Personne, écrit le vieil auteur écossais J.J. Bell, ne saurait prétendre avoir vu un pays entouré de mers s'il s'est contenté d'en faire le tour par les terres. Aujourd'hui, il est possible de voir le littoral aussi bien depuis la mer que depuis la terre.

 

De ces huit cents îles, qui comprennent les Orcades, les îles Shetland, les estuaires du Forth (Firth of Forth) et de la Clyde (Firth of Clyde), ainsi que l'archipel des Hébrides, seules une soixantaine dépassent sept kilomètres carrés, et la plupart sont inhabitées, pour des raisons tant géographiques qu'économiques.

 

L'Ecosse continentale se divise en deux parties : les Highlands (ou Hautes-Terres) et les Lowlands (ou Basses-Terres). Le Canal calédonien, qui s'étire sur environ quatre-vingts kilomètres, de Fort William à Inverness, partage en deux les Highlands et relie entre eux trois lochs charmants. Les Highlands possèdent aussi une fertile bande de terre arable qui s'étend du pied des montagnes jusqu'à la mer, de Sutherland, au nord, jusqu'aux riches contrées d'élevage laitier d'Aberdeen et de Kincardine, à l'est. La région industrielle qui s'étend d'Edimbourg à Glasgow occupe sans doute l'essentiel des Lowlands. C'est là que se trouve concentrée la majeure partie de la population; mais il faut aussi ajouter l'élevage laitier des Dumfries, du Galloway et de l'Ayrshire, les mines de charbon de Lanark et du Fife, et l'élevage des moutons, aux confins des Lowlands, autour de Peebles, de Roxburgh et de Berwick.

   

La distinction entre Highlands et Lowlands se fait en partie selon des critères géographiques. Les collines et les montagnes du nord - les Highlands - sont certes plus imposantes, plus impressionnantes. Pourtant, la raison première de cette division est historique. C'est en effet au nord et àl'ouest de l'axe des Highlands (qui relie Caithness, son point extrême au nord-ouest, et la frontière anglaise au sud-est, à proximité du Firth of Clyde), que se réfugièrent les Celtes, de langue gaélique, au moment où s'établit le royaume d'Ecosse. Les Celtes n'étaient pas citadins. Ils vivaient en vastes communautés, ou clans, qu'unissaient les liens du sang et la loyauté envers les chefs. Chasseurs et éleveurs tout d'abord, ils se firent ultérieurement fermiers et pécheurs.

 

Il existe donc entre les deux Ecosse une différence à la fois géographique et culturelle - même Si, de nos jours, c'est peut-être le contraste physique qui retient le plus l'attention du visiteur. Les collines et les rivières des Lowlands sont moins spectaculaires que les étendues rocheuses du Nord.

Les Lowlands ne possèdent pas ces sommets aux contours déchiquetés, et les landes où vivent la grouse et le cerf ne se rencontrent pas dans le Sud. Et puis, il y a les îles. La première que rencontre le voyageur venant du sud est Bass Rock (la Roche Basse), dont la silhouette surgit de la mer au nord de la route qui relie Londres à Edimbourg. C'est l'une des dix îles de l'estuaire du Forth, que les habitants d'Edimbourg considèrent comme leurs. Les habitants de Glasgow en font tout autant des sept îles de l'estuaire de la Clyde, qui comprennent les célèbres et fort prisées Arran, Bute et Ailsa Craig.

A l'ouest, les Hébrides, riches en histoire et en légendes, que célèbrent chansons et musique. Les Hébrides méridionales, qui comptent le plus grand nombre d'îles, comprennent l'île de Skye, dont le nom est associé au " Bonnie Prince Charlie " (" le beau prince Charles "), et l'île d'Iona, sur laquelle débarqua Saint Colomban en l'an 563 après J.-C. pour convertir les païens au christianisme. De nombreuses autres îles font partie de l'archipel, qui toutes sont dotées d'un nom évocateur: Mull, Jura, Islay, Rum, Eigg, Tyree et Colonsay.

   

 

 

 

Plus loin au large, plus avancées dans l'Atlantique, les Hébrides septentrionales ont moins de relief et semblent plus exposées aux éléments. La vie y est plus rude, plus âpre. Elles ont pour noms Lewis ou Harris, les Uists, Eriskay, Barra ou Benbecula, d'autres encore.

Les îles du Nord - où minuit au coeur de l'été est aussi clair qu'un crépuscule, et auquel les insulaires donnent le nom charmant de " pâleur d'été " (simmer dim) - forment deux archipels, celui des Orcades et celui des îles Shetland. Des quarante-neuf Orcades, la moitié environ sont habitées, principalement par des fermiers et leurs familles. Pour citer Moray McLaren dans l'introduction à son guide de l'Ecosse (Ebury Press, 1972), " l'habitant des Orcades est un paysan qui possède un bateau, tandis que le Shetlandais est un marin et un pécheur qui possède un lopin de terre à cultiver. "

 

 

Les Shetlandais, qui habitent une vingtaine des cent dix-sept îles de l'archipel, descendent en droite ligne des anciens Scandinaves, dont ils ont conservé l'allure. Leur capitale, Lerwick, ne ressemble guère aux villes de la grande terre (anglaise ou écossaise). On ne s'en étonnera pas quand on saura que la ville la plus proche est Bergen, en Norvège.

 

Les Ecossais sont paysans, mineurs, lettrés, avocats, ingénieurs, joueurs de golf, footballeurs, constructeurs de navires et pécheurs, bien que ces deux dernières activités aient été gravement touchées au cours de ces dernières années par la récession et certaines orientations politiques. Certains sont économes, d'autres Si prodigues que, pour reprendre l'expression de Fred Urquhart (Scotland, Batsford 1961), " ils jettent gaiement leur bonnet par-dessus le moulin à vent ". Il décrit ses compatriotes comme des hommes " fiers, ambitieux, passionnés et parcimonieux ; prudents et téméraires, solennels et grégaires. Ils ont toujours fait de beaux boxeurs et des champions de l'émigration ".

 

Le romancier Alastair MacLean constate lui aussi cette tendance à quitter le " vieux pays ". Il attribue les raisons de cet exode (Scotland, Deutsch 1972) au fait que les Ecossais " sont des aventuriers nés. N'en déplaise à beaucoup, ils se rencontrent à peu près partout ". Ils sont une vingtaine de millions, peut-être, de par le monde et, où qu'ils se trouvent, ajoute MacLean, " ils s'empressent de fonder une Société de Saint-André et l'inévitable Cercle des Amis de Burns ". Celui-ci, continue MacLean, est " théoriquement destiné àcélébrer la mémoire du barde immortel, mais pour la plupart de ceux qui se réunissent, le nom de Burns n'est pas associé à la poésie, mais au haggis et à un intarissable flot de whisky ". C'est à de tels moments, explique MacLean, qu'apparaissent au grand jour les contradictions de l'Ecossais errant. Quelles que soient les raisons qui le contraignent às'expatrier, l'Ecossais est convaincu qu'il n'est pas de lieu mieux approprié que sa patrie pour y vivre et y mourir, et il se montre prêt à la défendre contre le monde entier avec une inextinguible ardeur.

 

C'est peut-être dans l'histoire de l'Ecosse, romanesque et sanglante, que l'on trouvera un début d'explication à ce désir inné de parcourir le vaste monde. Ses origines connues nous font remonter six mille ans en arrière. Les premiershabitants de cette terre furent sans doute les descendants de peuplades de l'âge de pierre, qui reçurent le nom de " harponneurs " - des harpons de corne taillés dans des bois de cerfs ayant été trouvés parmi des vestiges datant de la préhistoire. Des vestiges semblables ont été découverts au Danemark, datant d'une époque où la Grande-Bretagne était encore soudée au continent européen.

 

Se succédèrent alors des vagues d'immigration venant de la Méditerranée, de peuplades issues de tribus de l'Asie centrale, de Celtes de langue gaélique et, juste avant l'ère chrétienne, de Bretons qui maîtrisaient le travail du fer. Vinrent ensuite les Romains, qui jamais cependant au cours d'une occupation qui dura trois cents ans, n'eurent sur l'Ecosse la même mainmise que sur l'Angleterre.

 

Il n'est pas en Ecosse une seule ville, grande ou petite, qui doive sa fondation aux Romains, pas plus qu'il n'y a de tout le pays (à une ou deux exceptions près dans les régions frontalières) de nom de lieu qui soit d'origine latine. Les Romains exercèrent néanmoins une influence sur l'histoire de l'Ecosse, en cela qu'ils amenèrent les différentes tribus pictes opposées à leur domination à s'unir pour constituer des alliances défensives et à poser ainsi la première pierre de la nation qui devait voir le jour quelques siècles plus tard.

 

Entre-temps se produisent d'autres invasions, dont chacune va apporter une touche à la physionomie de l'Ecosse et des Ecossais telle que nous la connaissons aujourd'hui. Les Pictes s'établissent au nord et au nord-est du pays, puis, du nord de l'Irlande, viennent les Scots qui s'installent dans les Hébrides du Sud avant de s'infiltrer à l'intérieur des terres. Les Bretons se concentrent dans les Lowlands, et les Angles occupent le Sud et le Sud-Ouest.

 

Viennent ensuite les Scandinaves, les Anglais fuyant sous la pression de la conquête normande, les Normands eux-mêmes et, plus tard, avec l'essor du commerce, les Flamands. Le christianisme fit son apparition au VIe siècle. Pendant plus de trente ans, jusqu'à sa mort en 597, saint Colomban propagea l'Evangile. Mais son oeuvre devait être réduite à néant, ou presque, par l'arrivée des Vikings, dont les campagnes de pillage et de terreur plongèrent l'Ecosse dans une longue ère de ténèbres, qui se prolongea jusqu'à l'arrivée des Normands dans le sud de l'Angleterre, puis jusqu'à l'instauration d'une monarchie écossaise et l'avènement de Malcolm Canmore.

 

Pendant près de deux cents ans ensuite, les Ecossais furent sans cesse mobilisés par la défense de leur territoire contre les Anglais et contre les Scandinaves. En 1265, cependant, Alexandre III s'était emparé des Hébrides et avait dépouillé la Norvège de toutes ses possessions à l'exception des Orcades et des îles Shetland.

A la mort d'Alexandre III, aucun héritier ne put faire valoir ses droits, et l'Ecosse entra dans une nouvelle période de crise. Les Anglais, et à leur tête Edouard 1er, jugent les circonstances favorables pour une annexion de l'Ecosse àla couronne d'Angleterre. Edouard fit donc franchir la frontière à ses armées et écrasa les forces écossaises. De cette incursion en Ecosse, il rapporta - ce que jamais les Ecossais ne pardonnèrent aux Anglais - la pierre de Scone sur laquelle avaient été sacrés tous les rois écossais. Cette pierre ne fut restitué qu'en 1996.

 

Sous Robert the Bruce (plus français qu'écossais, dont le nom était en fait Robert de Brus), et après la mort d'Edouard en 1307, les armées écossaises connurent davantage de succès, notamment à la bataille de Bannockburn, sept ans plus tard, où elles infligèrent une cuisante défaite à des troupes anglaises pourtant quatre fois plus nombreuses.

La "vieille alliance " entre l'Ecosse et la France dura des siècles. C'est en son nom que les Ecossais combattirent aux côtés de Jeanne d'Arc, qu'ils apportèrent leur appui aux Français pendant la guerre de Cent Ans, et qu'ils se réfugièrent en France (ce fut le cas des Stuarts, par exemple) pour échapper à l'oppression anglaise. On disait ainsi : " Celui qui veut s'emparer de la France, il lui faudra commencer par l'Ecosse. "

 

C'est avec l'avènement du petit-fils de Robert Bruce, Robert Steward, qu'entre dans l'histoire de l'Ecosse la maison des Stuarts, au tragique destin. Mais sous le règne de Robert, l'Ecosse devint prospère: le XVe siècle fut un temps où il était bon de naître écossais

.Ce siècle vit l'essor du commerce intérieur et maritime, de nombreux monastères furent édifiés et trois universités fondées - celles de St Andrews, en 1412, de Glasgow, en 1451, et d'Aberdeen, en 1495.

Jacques IV accéda au trône en 1488. Homme de la Renaissance, il parlait plusieurs langues d'Europe ainsi que le gaélique et la langue des Scots. Montrant une belle ardeur dans presque tous les domaines, au service de la religion comme dans la vie publique, dans sa vie amoureuse comme sur les champs de bataille, il connut une immense popularité. Intelligent, d'esprit superbe, il fut le protecteur des arts et instaura ainsi en Ecosse un climat intellectuel et artistique favorable à la poésie et à la littérature.

Son fils, Jacques V, prit sa succession, selon la tradition des Stuarts, alors qu'il n'avait pas encore atteint sa majorité. Il s'en fallait de beaucoup, puisqu'il n'avait alors qu'un an. Outre la couronne, il reçut en héritage un dilemme : l'Ecosse ne pouvait rester neutre dans le conflit persistant qui opposait la France et l'Angleterre. Il lui fallait s'allier avec l'une ou l'autre des deux rivales, et assumer les conséquences de son choix. D'une part, les Stuarts, tout comme la France, étaient catholiques, et les Anglais représentaient l'ennemi héréditaire; d'autre part, la mère de Jacques V était anglaise et soeur du roi Henri VIII. Jacques choisit le parti de la France, eut successivement deux Françaises pour épouses, et fut le père de la tragique Marie Stuart. Tandis que sa mère, Marie de Guise, assurait la régence en Ecosse, Marie Stuart passa une grande partie de son enfance en France, où elle épousa ultérieurement le Dauphin, futur François Il. Veuve en 1560, elle revint en Ecosse l'année suivante pour y régner, alors même que, sous l'influence de John Knox, le Parlement écossais venait un an auparavant de se prononcer en faveur de la Réforme et contre le catholicisme.

Reine catholique, Marie impose le droit de pratiquer la religion qui est la sienne, tout en garantissant à son peuple la liberté du culte. Elle épouse en premières noces Darnley, qui est assassiné, puis en secondes noces un homme dont il ne fait guère de doute qu'il ait été au nombre des assassins, Bothwell. En outre, celui-ci est protestant et divorcé, et le mariage est célébré selon le rite réformé. Qui plus est, il a lieu dans des délais scandaleusement brefs après la mort de Darnley. Condamnée par tous, y compris le pape, Marie Stuart est emprisonnée, s'évade, abdique et s'enfuit à Londres où elle s'en remet à la merci de la reine Elisabeth, qui la fait emprisonner derechef. Dix-neuf ans plus tard, elle sera exécutée.

 

Il en alla tout autrement pour le fils qu'elle avait eu de Darnley. Au même titre que sa mère, il était héritier légitime de la couronne d'Angleterre comme de celle d'Ecosse, mais il était protestant. A la mort de la reine Elisabeth, en 1603, il devint roi d'Angleterre, sous le nom de Jacques 1er, et roi d'Ecosse, sous celui de Jacques VI, réunissant ainsi les deux royaumes pour la première fois.

 

Dans l'intervalle, John Knox avait activé le courant réformateur écossais, et fondé l'Eglise réformée écossaise qui, au moment où Jacques 1er accédait au trône d'Angleterre, se trouvait en conflit avec l'Eglise anglicane, bien que toutes deux fussent des confessions protestantes.

 

Avant son départ pour Londres, Jacques 1er s'efforça de modérer les positions de l'Eglise écossaise envers les anglicans, mais il ne fit que les durcir lorsqu'il exigea que dans les églises écossaises les offices et les hymnes fussent ceux de la religion anglicane.

 

On aboutit à une impasse, mais avant que le conflit pût trouver une issue, la guerre civile éclata en Angleterre. Habilement, les Ecossais conclurent un accord avec Cromwell, aux termes duquel ils combattraient à ses côtés à Marston Moor, s'il acceptait de leur accorder le Covenant (1638) leur garantissant la liberté du culte. La bataille fut gagnée et le Covenant signé, mais Cromwell poussa trop loin au gré des Ecossais en exécutant Charles 1er. Ceux-ci couronnèrent alors son fils, le catholique Charles Il, non sans exiger de lui qu'il acceptât à son tour le Covenant. Cromwell envahit l'Ecosse qui resta sous le joug du Commonwealth jusqu'aux derniers jours de celui-ci, en 1660. Avec la restauration, et la restitution des trônes d'Angleterre et d'Ecosse à Charles Il, commença une longue période de conflits religieux et de persécution des covenantaires. Il faudrait attendre 1707 pour que l'union officielle de l'Angleterre et de l'Ecosse y mît un terme, en instaurant le principe d'une nation unique, le protestantisme comme religion officielle, et en écartant définitivement la possibilité d'un retour sur le trône d'un Stuart catholique.

 

Une fois réalisée l'union, écrit Moray McLaren, " en tant qu'individus, nous y avons beaucoup gagné - il y a eu plusieurs Premiers ministres écossais à Westminster et même deux archevêques à Cantorbéry - mais en tant que nation, nous pouvons déplorer d'y avoir perdu. Notre identité nationale s'est estompée aux côtés de celle de l'Angleterre, dominante, qui, elle, s'est affermie au cours de la longue période de prospérité qui s'ouvrait devant elle ".

 

 

Si l'Eglise écossaise eut le sentiment que son avenir était assuré, il lui fallut déchanter. Cinq ans ne s'étaient pas écoulés que le Parlement de Westminster vota une loi interdisant aux congrégations écossaises de choisir leurs propres ministres du culte, et les contraignant à se soumettre à la décision du propriétaire terrien local, que celui-ci se souciât ou non des intérêts de la congrégation et des questions de religion. Cette loi fut à l'origine de bien des troubles religieux que connut l'Ecosse pendant tout le XVIIIe siècle, et ses effets se firent sentir pendant cent quarante ans environ.

 

De leur côté, les Stuarts effectuèrent plusieurs tentatives en vue de réviser les principes de l'union énoncés dans l'Act of Union. Celles de Jacques II, le roi exilé en France, devaient se solder par un échec en 1715. Son fils aîné, Charles Edouard (le " Bonnie Prince Charlie "), quant à lui, montra davantage de détermination en 1745.

Presque sans escorte aucune, il quitte la France et débarque sur l'île d'Eriskay, dans les Hébrides. Il se dirige vers les terres et reçoit, chemin faisant, le soutien de troupes grossissantes. Fait déterminant, Cameron de Lochiel, chef très estimé, se range aux côtés du prince avec tout son clan -geste qui sera très largement suivi parmi les Ecossais. Charles déroule son étendard à Glenfinnan et marche vers le sud avec ses armées.

 

Il s'empare de Perth et d'Edimbourg, et inflige une défaite aux forces anglo-allemandes à Prestonpans. Le sud de l'Ecosse se trouve de nouveau aux mains des Stuarts. Charles pousse jusqu'à Derby, mais reçoit le conseil de se retirer en Ecosse, où il subit une défaite décisive à Culloden, face au duc de Cumberland, dont les actes d'atroce barbarie commis contre les Ecossais lui valent le surnom de " Boucher " et donnent à la bataille de Culloden une place mémorable dans l'histoire de l'Ecosse.

 

Charles échappa au massacre et, malgré une prime de trente mille livres offerte pour sa capture - somme considérable pour l'époque - pas un seul de ses concitoyens ne se laissa convaincre de le trahir. Il atteignit le continent et mourut à Rome quarante-trois ans plus tard.

 

A la suite de la tentative de 1745, une répression féroce s'abattit sur les Highlands et sur les clans. Les habitants des Highlands furent dépossédés de leurs armes, le port de leur costume fut interdit, la langue gaélique proscrite. Quant aux terres, qui faisaient vivre des milliers de paysans sur leurs petits lopins, elles furent converties en pâturages à moutons puis, par la suite, en domaines de chasse. Les purges des Highlands se poursuivirent jusqu'à la fin du XIXe siècle: elles décimèrent la population, dont une bonne partie s'enfuit à l'étranger pour ne plus jamais revenir.

 

Néanmoins, la seconde moitié du XVIIIe siècle vit une véritable éclosion de talents intellectuels et littéraires en Ecosse, dans le Sud, du moins, dont Edimbourg fut le centre. Adam Smith, Robert Burns, James Boswell, Walter Scott, les frères Adam apportèrent tous leur contribution au patrimoine national.

 

Au XIXe siècle, l'Eglise prit enfin une mesure allant dans le sens d'une solution au problème suscité par la loi de 1712 (qui accordait au propriétaire terrien local le droit de désigner les ministres du culte). En 1843, quatre cent cinquante pasteurs quittèrent l'assemblée nationale de l'Eglise d'Ecosse pour former l'Eglise libre d'Ecosse. Celle-ci,jusqu'en 1929 où toutes deux fusionnèrent, fut protégée et financée par le peuple, et non par l'autorité d'un puissant.

 

La reine Victoria, elle aussi, par l'amour qu'elle portait aux affaires de l'Ecosse, par les séjours qu'elle effectuait de façon régulière à Balmoral, joua un rôle dans le renouveau de l'identité nationale écossaise qui se fit jour vers la fin du XIXe siècle. Le sentiment de fierté et d'identité nationale persiste aujourd'hui encore, et le visiteur ne manque jamais de le remarquer.

 

L'écrivain Moray McLaren met en lumière une autre vertu écossaise quand il écrit: " Le visiteur reconnaîtra une qualité qui fut remarquée avec enthousiasme il y a un peu plus de quatre cent cinquante ans par don Pedro de Ayala, l'ambassadeur d'Espagne auprès de Jacques IV, une qualité qui perdure: l'hospitalité ".

 

La religion occupe une place importante aux yeux des Ecossais, bien qu'aujourd'hui on ne pratique plus avec cette ferveur qui faisait dire à T.S. Eliot que " l'Ecosse est un pays que ruine sa religion ". Il faisait allusion à la foi réformée de stricte obédience calviniste, dont l'emprise s'était exercée sur le pays à partir du XVIe siècle sous l'influence de John Knox, et que l'on retrouve encore de nos jours - sous une forme atténuée, cependant - dans toute l'Ecosse presbytérienne. Il subsiste néanmoins des vestiges d'orthodoxie, surtout dans les îles et dans le nord-ouest des Highlands, où un dernier bastion de récalcitrants (les " Wee Frees ") refuse toute fusion avec l'Eglise presbytérienne et continue de pratiquer comme aux premiers jours de cette Eglise Libre d'Ecosse fondée en 1843.

 

En ces lieux reculés, toute activité est interrompue le jour du Seigneur, et rien ni personne ne bouge, ou presque. Il n'est alors plus question d'acheter ni nourriture, ni carburant, ni journaux, plus question même de trouver une chambre d'hôtel. Les panneaux des " Bed and Breakfast " sont recouverts le dimanche, on évite de se déplacer dans toute la mesure du possible, des festivités telles que les jeux écossais sont exclues et même le repas de Noêl, lorsqu'il c6incide avec un dimanche, est rigoureusement interdit. Mais il s'agit seulement de communautés réduites, et le touriste qui passe en voiture peut même ne rien remarquer de ces rigueurs dominicales.

 

Le visiteur qui se déplace de ville en ville peut être pardonné de croire, surtout dans les Lowlands, que les Ecossais se nourrissent exclusivement de " fish and chips ". Il faut reconnaître que le poisson et les pommes de terre frites constituent effectivement la nourriture de base ; mais il existe aussi des plats nationaux que l'on se doit d'avoir goûté. Le haggis est une préparation relevée et savoureuse (confectionnée à base de foie, de mou et de coeur de mouton, de flocons d'avoine, d'oignon, de poivre, de sel, de noix de muscade, le tout arrosé de bouillon et de jus de citron), que l'on fait bouillir cousue à l'intérieur d'une panse de brebis, et que l'on sert accompagnée d'une purée de pommes de terre et de navets.

 

On se doit également de goûter les galettes d'avoine. Préparées à l'origine avec de l'avoine cultivée et moulue par les petits paysans, elles sont cuites directement sur la flamme.

 

Et puis, Il y a le célèbre porridge. Le porridge est sans aucun doute une excellente entrée en matière avant une journée d'excursion dans la montagne, avant d'aller à la pêche au petit matin, avant de chausser ses skis, ou d'entreprendre toute autre activité de ce genre. Les puristes se contentent d'ajouter du sel, mais du sucre et du lait, de la mélasse ou du beurre font parfaitement l'affaire et sont plus agréables au goût.

 

A ne pas manquer non plus, le kipper (hareng fumé et salé) écossais, surtout Si le hareng vient d'être pêché dans la mer ou dans un loch. Le kipper du Loch Fyne est très réputé. Si on a le temps de se préparer un bon petit déjeuner, il est délicieux cuit au beurre. Dans les îles, on trouve même du hareng qui a été fumé au-dessus d'un feu de tourbe, ce qui est assurément la meilleure façon de le fumer.

 

Les quatre plus grandes villes d'Ecosse sont Glasgow, la plus ancienne, Edimbourg, Aberdeen et Dundee. Sur une population de cinq millions et demi d'habitants, ces quatre villes en comptent près de deux millions.

Glasgow, selon le bon mot de H.V. Morton, "jouerait le rôle d'un Chicago face à un Edimbourg qui serait Boston.

A Glasgow, on est accueilli à bras ouverts et à grandes claques dans le dos. Edimbourg est la ville du silence, jusqu'à ce que naissance ou intelligence ouvre une brèche dans le cercle fermé de la société. A Glasgow, on est innocent jusqu'à preuve de sa culpabilité. A Edimbourg on est coupable jusqu'à preuve de son innocence. Glasgow montre les meilleures dispositions à l'égard de l'inconnu. Edimbourg, comme toutes les aristocraties, montre la plus grande défiance ".

 

Glasgow figura sur la carte avant Edimbourg: elle fut fondée vers l'an 500 ap. J.-C., lorsque saint Mungo construisit sa chapelle à proximité d'un gué franchissant la Clyde, en un lieu où se dresse aujourd'hui la cathédrale, seul édifice gothique d'avant la Réforme subsistant en Ecosse continentale. Sa crypte voûtée est l'une des plus belles d'Europe, et de nombreux visiteurs viennent voir le puits dans lequel saint Mungo, dit-on, donnait le baptême.

 

 

La plus vieille maison de Glasgow, Provand's Lordship, qui est aujourd'hui un musée, se trouve sur la place de la cathédrale. Elle fut construite en 1471 pour le prêtre qui dirigeait l'hôpital Saint-Nicolas. Marie Stuart, reine des Ecossais, aurait séjourné dans cette maison, et c'est là qu'elle aurait écrit les célèbres " casket letters ". Jocelyn Square, en-dessous du Marché au Sel, mérite une visite. D'un côté se trouvent les bâtiments de la Haute Cour de Justice, de l'autre, Glasgow Green, qui est, dit-on, le plus ancien parc public de Grande-Bretagne et qui contient le plus ancien monument érigé à la gloire de Lord Nelson (1806), l'Old Glasgow Museum et le Fleshers' Haugh, le lieu où le prince Charles passa ses troupes en revue en 1745.

 

George Square, le Trafalgar Square de Glasgow, est considéré comme le centre de la ville. Les habitants de Glasgow y célèbrent traditionnellement les événements de portée nationale ou internationale, comme par exemple la fin d'une guerre ou encore une victoire au football sur les Anglais. Sur la place, bâtiments municipaux et sièges de compagnies privées entourent douze statues, parmi lesquelles une statue de Walter Scott. Les Chambres de Commerce et d'Industrie, inaugurées par la reine Victoria en 1888, furent construites, à l'intérieur comme à l'extérieur, dans le style grandiose de la Renaissance italienne.

Trois artères, Buchanan Street, Argyle Street et Sauchiehaîl Street sont les principales rues commerçantes de la ville. En bas de Sauchiehall Street se trouvent Kelvingrove, aux impressionnantes galeries d'art, le grand centre d'exposition de Kelvin Hall, et l'université, dont les bâtiments imposants furent conçus par George Gilbert Scott vers 1870.

 

Le premier musée de Glasgow, le Hunterian, qui doit son nom à William Hunter, professeur de médecine à l'université, se trouve dans le parc de l'université. Y sont notamment exposées des pièces de monnaie, des gravures, et une collection de peintures de Whistler.

 

Construite sur des collines, adossée à des sommets encore plus élevés, le Firth of Forth à ses pieds, la ville d'Edimbourg jouit d'une position géographique spectaculaire. Du haut du Siège d'Arthur, le point le plus élevé de la ville, la vue s'étend sur la moitié de l'Ecosse du Sud, et, par temps dégagé, jusqu'aux Highlands.

 

La vieille ville a probablement été fondée au début du Vile siècle, lorsque le roi Edwin de Northumbrie s'établit autour du Rocher en un lieu qui fut sans doute appelé Edwin's burgh (le bourg d'Edwin). Mais la ville - bien qu'elle ait servi de capitale à plusieurs monarques aux XVe et XVIe siècles - ne prit vraiment forme qu'au XIXe siècle, à l'époque victorienne, lorsque vieille ville et ville neuve furent réunies.

 

Il y a beaucoup à voir à Edimbourg, à commencer par la chapelle St Margaret, perchée sur le Rocher du Château. Margaret, reine d'Ecosse et sainte, la fit construire en 1076. Sa nef ne mesure que cinq mètres par trois mètres cinquante. Il s'agit de l'édifice le plus ancien d'Edimbourg, et sans doute le plus ancien qui soit demeuré intact dans toute 1' Ecosse.

Le château lui-même, résidence royale dès 1004, n'est pas demeuré entier, mais on peut y visiter les appartements royaux qu'occupèrent les monarques écossais avant l'union avec l'Angleterre de 1707. La Chambre de la Couronne contient les attributs royaux d'Ecosse, dont un bandeau d'or sur la couronne qui fut peut-être portée par Robert Bruce. La grande salle date de 1424.

 

Une coutume, à l'époque venue de Paris, permet de mettre sa montre à l'heure. A une heure de l'après-midi, chaque jour depuis 1861, la batterie de la Demi-Lune tire un coup de canon.

 

Partant du château, le célèbre Mille Royal longe Castle Hill, passe par Lawnmarket, à côté de la cathédrale Saint-Gilles où prêcha John Knox, puis par Canongate pour aboutir à Holyroodhouse.

Dans Princes Street, rue commerçante, se trouvent la Scottish National Gallery et la Royal Scottish Academy. Au pied de la butte, dans les jardins de Princes Street, une immense horloge florale faite de quelque vingt mille plantes sonne tous les quarts d'heure.

 

Du côté est des jardins de Princes Street, un escalier de deux cent quatre-vingt-sept marches mène en haut du monument à la gloire de Walter Scott d'où s'offre un beau panorama sur la ville neuve.

 

Au nord-est, Aberdeen, " cité de granit " - dont la pierre provient des carrières de Rubislaw toutes proches - donnant sur une large baie tournée vers la mer du Nord, se situe entre deux fleuves côtiers, la Dee et le Don. Comme Edimbourg, la ville aux larges rues et aux bâtiments élégants mêle l'ancien et le moderne. Ville aux nombreuses statues, dont celles du roi Edouard VII, du poète Robert Burns, du prince Albert et du héros de l'indépendance William Wallace (1270-1305), sa cathédrale Saint-Machar est la seule cathédrale de granit de toute la Grande-Bretagne. Elle doit son nom à un disciple de saint Colomban envoyé de l'île d'Iona afin de christianiser le lieu où se trouve aujourd'hui Aberdeen. L'industrie de la pêche, bien que déclinante, est toujours présente, et le marché au poisson qui se tient chaque jour au petit matin est un vestige des temps anciens. Mais c'est l'industrie pétrolière qui domine l'activité économique, industrie dont on voit les signes presque partout: bureaux de compagnies pétrolières, flottes de pétroliers, sans compter les lieux de distraction et les restaurants récemment ouverts.

 

La troisième ville d'Ecosse, Dundee, dont la population est d'environ deux cent mille habitants, date de l'époque romaine

- les vestiges d'anciens camps romains sont d'ailleurs encore visibles dans la campagne environnante. L'édifice le plus ancien est l'Old Steeple (le " vieux clocher ") de la Nethergate (porte inférieure) qui est en fait une tour crénelée massive et carrée, haute d'une cinquantaine de mètres, contenant une belle salle et surmontée d'un toit élevé à arêtes et àsculptures finement ouvragées. Un fleuve, le Tay, traverse la ville où l'on garde toujours en mémoire la catastrophe de 1879 survenue sur le pont où le vent avait ouvert un trou béant dans lequel s'engouffra le train EdimbourgDundee.

Histoire mouvementée et terrain montagneux souvent impliquent la présence de châteaux forts. L'Ecosse ne fait pas exception. Le château d'Eilean Donan, situé près de Dornie, sur la route de l'île de Skye, au point de rencontre du Loch Alsh, du Loch Long et du Loch Duich, est sans doute celui dont la silhouette et le cadre spectaculaire sont les plus familiers.

 

Forteresse datant du Moyen Age, il resta longtemps aux mains des Mackenzie de Kintail. Il était Si bien conçu pour la défense qu'en 1539, deux hommes et un garçon à eux seuls réussirent à soutenir un siège contre toute une flotte de galères.

 

Non moins célèbre, le château de Dunvegan, sur l'île de Skye, est la demeure des chefs du clan Macleod et le plus ancien château ayant appartenu sans interruption à une même famille. Ses fondations contiendraient des pierres provenant d'un fort qui se dressait sur le rocher il y a mille ans, bien que la partie la plus ancienne du château date du XIIIe siècle. L'un des épisodes les plus sanglants de son histoire se produisit un jour de 1552 où onze Campbell d'Argyll furent invités à un banquet auquel chacun d'entre eux se trouva assis entre deux Macleod. Le festin terminé, une coupe fut placée devant chaque membre du clan Camp-bell, et remplie de sang. A ce signal, les Macleod tirèrent leurs dagues et massacrèrent leurs invités. Parmi les vestiges du passé que contient le château, on peut voir l'épée à deux mains ayant appartenu à Rory Mor, douzième chef du clan, ainsi qu'un drapeau " ensorcelé " dont on dit qu'il fut pris aux Sarrasins lors d'une croisade.

Le château d'Inverary, sur les rives du Loch Fyne, fut construit à l'origine au XVe siècle par Campbell de Glenurchy; il est depuis plus de quatre cents ans la résidence des comtes (earls), des marquis et des ducs d'Argyll. L'édifice que l'on voit de nos jours fut construit en 1745, et restauré en 1879-80. C'est un exemple impressionnant des débuts du style néo-gothique en Grande-Bretagne.

 

Le château de Balmoral est la résidence de vacances de la reine Elisabeth. Il fut acheté en 1852 (avec les terres qui l'entourent) par le prince Albert, qui le fit remanier. Le granit utilisé provient du domaine, qui s'étend sur quelque dix mille hectares. La construction, de style " baronnial "écossais, comporte deux corps de bâtiment reliés entre eux par des ailes, et une tour d'angle carrée et massive de douze mètres de côté et de vingt-cinq mètres de haut, surmontée d'une tourelle de sept mètres occupée par un escalier circulaire.

 

Le château de Craigievar, situé à une quarantaine de kilomètres à l'ouest d'Aberdeen, n'est pas seulement un château de conte de fées. C'est aussi un joyau de l'architecture, dont un historien a pu dire qu'il méritait " une place au premier rang de l'architecture européenne ". Appartenant de nos jours aux Monuments Historiques, il fut construit en 1626 et a très peu changé depuis lors. Avant d'être repris par les Monuments Historiques, il appartenait à la famille Forbes, dont la devise, " Do not vaiken sleiping dogs " (N'éveille pas les chiens qui dorment) se lit encore au cintre du grand escalier. Le château contient également une " chambre de la reine " au plafond décoré, avec un lit à baldaquin, et une " chambre bleue ", qui reçoit sa lumière des fenêtres des tourelles.

 

Surplombant le Loch Ness, le château d'Urquhart est en ruine depuis à peu près trois cents ans. Une bonne partie de ce qui en subsiste date de 1509. Deux de ses caves sont hermétiquement fermées, dont l'une, dit-on, contient un trésor, l'autre, des vêtements infectés par la peste. Nul ne sait quelle est l'une et quelle est l'autre, et personne, on ne s'en étonnera pas, ne se risquerait à le découvrir.

 

 

 

Situé près de Golspie, le château de Dunrobin est la demeure des ducs de Sutherland. Cette " aberration du gothique, toute en minarets et en tourelles ", pour reprendre les mots d'un critique, date pour l'essentiel du XIXe siècle. Une partie du château a été aménagée en musée, où sont exposés des objets et des bibelots assemblés par divers membres de la famille, ainsi que des animaux naturalisés, loutres, chats sauvages, martres, blaireaux, renards, hermines.

 

Parmi les innombrables châteaux d'Ecosse, il en est un autre qui mérite une visite, celui de Mey, qui domine le Pentland Firth, sur la côte septentrionale. A présent résidence de la reine mère, il fut construit en 1556, puis les Sinclair de Mey le reçurent en héritage et y demeurèrent trois cents ans, jusqu'en 1889. Il était menacé de démolition lorsque la reine mère en fit l'acquisition en 1952.

Une autre demeure attire chaque année les pèlerins en nombre, celle de Walter Scott, à Abbotsford, près de Melrose. L'auteur d'Ivanhoe, de Kenilworth et de Rob Roy l'acheta en 1812 et y vécut jusqu'à sa mort en 1832. Pendant les six dernières années de sa vie, Abbotsford dut avoir pour lui des allures de bagne. En 1826, ses associés en affaires le quittèrent en lui laissant sur les bras cent dix-sept mille livres sterling de dettes, dont Walter Scott décida de s'acquitter avec ses droits d'auteur. Pendant six ans, il travailla donc d'arrache~pied, réussissant à gagner quatre-vingt mille livres, mais il se tua à la tâche. Il fit construire Abbotsford en plusieurs tranches de travaux. Le manoir se dresse parmi les arbres au flanc d'une colline qui descend en pente douce vers le fleuve - la Tweed. L'intérieur de la demeure a été conservé tel qu'au temps où l'auteur y vivait lui-même.

 

L'autre grand écrivain écossais, Robert Burns, d'origine plus humble, avait une plus modeste demeure. Son cottage se situe à Alloway, tout près d'Ayr, au sud de Glasgow. Construite en 1758, un an avant la naissance du poète, c'est la maison la plus ancienne de la ville. A quelques dizaines de mètres de là se trouve un musée contenant des livres, des lettres, des manuscrits et des objets ayant appartenu à Robert Burns. Les environs abondent en lieux dont le nom est associé àl'oeuvre du poète. A Ayr se trouvent la Tam O'Shanter Inn (l'auberge de Tam O'Shanter), l'Auld Brid (le vieux pont), et le New Bridge (le pont neuf). A Alloway, le charmant pont du Brig o'Doon (XIIIe siècle) et l'" auld haunted kirk " (la vieille église hantée). A Dumfries, à une soixantaine de kilomètres au sud-est, se trouvent deux tavernes où il venait boire, le Globe, et le Hole in the Wa'. A Lincluden, tout près de là, Burns eut sa " Vision de la liberté " et il composa " Mary in Heaven " (Marie dans les cieux) pendant son séjour à Ellisland Farm, à une dizaine de kilomètres de Dumfries.

 

 

L'Ecosse, c'est aussi les lochs et les vallons, les rivières et les cascades, les montagnes et leurs sommets. Dans le comté de Pertshire, une rivière, la Dochart, avant de se jeter dans les eaux du Loch Tay, près de Killin, aux chutes de la Dochart, contourne un îlot sombre et rocheux, l'ancien lieu de sépulture du clan Macnab. Les lieux sont funèbres même par temps ensoleillé. Non loin de là se trouvent Kinnell House, qui fut autrefois la demeure des chefs du clan, et les ruines du château de Finlarig, construit en 1523 par Black Duncan of the Cowl. Depuis le pont qui enjambe la rivière, on a une vue sur la large vallée de la Dochart et, par temps clair, sur le mont Ben More, haut de 1 200 mètres.

 

Le Loch Maree, dans le Ross et le Cromarty, est riche en légendes. D'une longueur de vingt-cinq kilomètres, il donnait autrefois sur le Loch Ewe, qui s'ouvre sur la mer, et sa surface est semée d'une vingtaine de petites îles boisées. Sur l'une de celles-ci, se trouvent les vestiges d'un monastère, qui aurait été fondé par saint Marée venu de l'île d'Iona, et les tombes d'un prince et d'une princesse scandinaves. Il s'y trouve également un puits sacré, auquel on amenait les malades pour guérir les troubles de l'esprit.

 

Le plus célèbre des lochs d'Ecosse, après le Loch Ness, bien entendu, est sans doute le loch Lomond. D'une longueur de quarante kilomètres et d'une largeur qui varie d'un kilomètre et demi à huit kilomètres, c'est la plus grande étendue d'eau à l'intérieur des terres de toute la GrandeBretagne. On y voit une trentaine d'îles boisées, dont la plus grande est celle d'Inchmurrin. Sur Inchcaillach, dont le nom signifie " île des femmes ", se trouvent les ruines d'un couvent et le lieu de sépulture des MacGregor. Tobias Smollett, médecin et romancier du XVIIIe siècle, écrivit àson propos: " J'ai vu le lac de Garde, AIbano, Bolsène et le Léman, mais c'est le loch Lomond que je préfère entre tous... Tout y est romantique au-delà de l'imagination. " En partant de Rowardennan, sur la rive orientale du loch, on peut monter à pied au sommet du Ben Lomond, haut de 975 mètres. L'ascension est longue, mais se fait sans difficulté, et le panorama est des plus spectaculaires.

 

Le loch Ness se situe dans le Great Glen (la grande vallée), à une dizaine de kilomètres d'Inverness. Moins large que le loch Lomond mais aussi long, il atteint près de deux cent cinquante mètres de profondeur. Il lui est attaché une légende, comme chacun sait, qui intrigue le monde entier depuis qu'en 1932 on en a fait la une des journaux - et ses riverains, depuis le Vile siècle. Sur le loch Ness, John

Cobb essaya de battre le record du monde de vitesse sur l'eau, en 1952, tentative tragique qui lui coûta la vie. Un tertre funéraire a été construit en son hommage sur la berge occidentale du loch, entre Drumnadrochit et Invermoriston.

 

Par sa beauté, le Loch Awe, dans le comté d'Argyll, rivalise avec le loch Lomond. Dominé par l'imposant sommet du Ben Cruachan, il abonde en saumon et en truite. Le clan Campbell règna longtemps sans partage sur ses eaux et sur les terres environnantes. Sur bon nombre des îles du Loch Awe se trouvent des ruines d'anciens châteaux forts ou de fortifications qui remontent aux temps où le loch tenait lieu de douve à l'immense territoire que possédaient les Campbell tout autour d'Inverary.

 

Le loch Leven se trouve à une vingtaine de kilomètres de Dunfermîme. La plus grande de ses îles doit son nom àsaint Serf, qui y construisit au IXe siècle un prieuré dont on peut encore voir les ruines de nos jours. Sur Cas de Island se dresse encore le donjon du château où la reine Marie fut contrainte de signer l'acte d'abdication. En 1568, avec l'aide de quelques partisans, elle s'évada de l'île en bateau, après avoir enfermé ses gardes à l'intérieur du château et jeté les clefs dans les eaux du loch Awe. En 1805, ces clefs furent retrouvées parmi les roseaux des rives du loch, et sont ai4ourd'hui exposées au manoir de Walter Scott, àAbbotsford. Quelques jours après son évasion, la reine Marie subit une dernière défaite à la bataille de Langside, près de Glasgow, et s'enfuit vers le sud.

De toutes les étroites vallées d'Ecosse, belles et émouvantes, le Glen Coe, à la sombre atmosphère et à l'histoire sanglante, est le plus réputé. Nombre d'écrivains en ont saisi l'inquiétante beauté. Il a, écrit Dickens, " l'abord d'un lieu où serait inhumée une race de géants... Rien ne se peut concevoir d'aussi désolé et sauvage et puissant dans la solitude. Le défilé est un lieu d'effroi, fermé sur chaque côté par d'énormes rochers que dévalent de toutes parts des torrents magnifiques. Sur les hauteurs, des petits vallons par dizaines sont autant de repaires hantés, tels les lieux où erre l'imaginaire au plus profond du délire provoqué par la fièvre... La mémoire m'en donne des frissons ". Long de onze kilomètres, le Glen relie la lande désolée de Rannoch Moor aux rives du loch Leven. Dans les hauteurs d'un de ses épaulements montagneux, Aonach Dubh, se trouve Ossian's Cave, caverne que l'on atteint en escaladant Ossian's Ladder (l'échelle d'Ossian). Ossian fut un barde gaélique du troisième siècle dont la légende raconte qu'il serait né dans cette caverne- lieu de naissance on ne peut plus inconfortable.

 

Celui qui vient au Glen Coe ne manquera pas de se rendre sur les lieux du massacre de 1692. L'année précédente, tous les chefs de la région, au nombre desquels de nombreux partisans des Stuarts, furent mis en demeure de prêter serment d'allégeance au roi Guillaume, à Londres. Ils furent menacés des " mesures extrêmes de la Loi " s'ils refusaient de s'exécuter avant la fin de l'an 1691.

 

La fin de l'année venue, tous avaient prêté serment, à l'exception de Macdonald de Glengarry et de Madan de Glen Coe. Au début du mois de janvier 1692, Madan prêta enfin serment, mais il n'en fut pas tenu compte à Londres ou bien on estima qu'il était trop tard. Ordre fût donné à Campbell de Glen Lyon de châtier pour l'exemple Madan et les Macdonald qui demeuraient dans la vallée de Glen Coe. Pendant douze jours, Campbell, accompagné de cent vingt hommes, séjourna parmi les Macdonald qui ne se doutaient de rien. Puis, dans la nuit du 13 février, les soldats fondirent sur leurs hôtes, en massacrèrent une quarantaine et laissèrent les autres périr dans les collines avoisinantes, où ils s'étaient réfugiés. Le monument funéraire des Mac-donald se dresse dans le vallon qui se trouve à proximité de l'ancienne route d'Invercoe. Madan est enterré sur l'île d'Eilean Munde, dans le loch Leven, non loin de l'entrée de Glen Coe.

 

 

Culminant à 1 344 mètres d'altitude, le Ben Nevis est le mont le plus élevé d'Ecosse - et de Grande-Bretagne -mais on éprouve souvent une certaine déception lorsqu'on le voit pour la première fois. Il lui manque la majesté d'un souverain: son sommet ne forme pas le pic pointu que l'on attendrait, et il partage son territoire avec deux autres monts situés à moins de deux kilomètres de lui. On peut accéder commodément à son sommet par un sentier muletier qui part d'Achintee, dans la vallée de Glen Nevis, mais le trajet est long de seize kilomètres, et l'aller-retour prend normalement de huit à dix heures. Pour celui que tente l'escalade, c'est la face nord-est qui se pratique, dont on a une excellente vue quand on se trouve à Corpach, non loin de Fort William.

 

Le Ben Cruachan est une famille de sept ou huit sommets, dont le plus élevé culmine à 1126 mètres. Ses pentes sont boisées dans leur partie inférieure, dénudées et bosselées dans leur partie supérieure, et son sommet fendu forme deux cônes. Son nom est aussi le cri de guerre du clan Campbell.

 

Après le Ben Nevis, le sommet le plus élevé est celui du Ben Macdhui, haut de 1309 mètres. Il appartient à la chaîne des monts Cairngorm, dont plusieurs autres sommets dépassent les i 200 mètres; ses pentes font en hiver d'excellentes pistes de ski.

 

Il est temps de dire quelques mots des îles, à commencer par celles du Forth, dont la plus réputée sans doute, et la plus familière, est celle de The Bass Rock, qui s'élève à 120 mètres au-dessus du niveau de la mer. Aujourd'hui inhabitée, cette " Roche Basse " est un paradis pour les oiseaux de mer, fous de Bassan, fulmars, mouettes tridactyles, petits pingouins et bien d'autres. On y aperçoit également des phoques qui, par beau temps, prennent le soleil sur les rochers. Au centre de l'île, on peut explorer à marée basse un tunnel de cent cinquante mètres de long. La plus grande des îles du Forth est celle de May, réserve naturelle depuis plus de trente ans, sur laquelle se trouvent des équipements permettant d'observer les oiseaux et les végétaux. L'île de Cramond se distingue des autres en ceci que l'on peut y accéder à pied à marée basse. Elle fut habitée jusqu'au XIXe siècle, et son dernier occupant fut un berger - on voit encore les vestiges de sa demeure. Les bancs d'huîtres qui entourent l'île, aujourd'hui tristement polluée, firent la fortune de cet insulaire.

 

Les îles de la Clyde, ou îles de Glasgow, comme on les appelle communément ont pour noms Bute, Arran, Ailsa Craig et Great Cumbrae. L'île de Bute se surnomme la Madère de l'Ecosse, ce qui ne semble pas injustifié lorsque l'on voit la végétation subtropicale des jardins municipaux d'Ardencraig, où séjournent cacatoès et canaris. Il y a de nombreux siècles, cette île fut le siège d'une intense vie monastique, comme en témoignent les vestiges des cellules qui s'y trouvent en tous lieux. Juchée sur une colline, La chapelle St-Blane, qui date du VIe siècle, est l'un des sites monastiques celtes les mieux conservés de Grande-Bretagne. On y voit également des fortins remontant à l'âge de fer, dont le plus imposant est celui de Dunnalant.

 

L'île d'Arran, d'une circonférence de quatre-vingt-dix kilomètres, possède un arrière-pays montagneux qui ne le cède en rien aux Highlands, et des centres de villégiature sur tout son pourtour. Le sommet le plus haut est celui de Goat Feu qui, voici une centaine d'années, fut le théâtre d'un meurtre célèbre. L'un des meilleurs points de vue de l'île est celui de Kingscross Point, ainsi nommé parce que Robert Bruce se posta à cet endroit pour surveiller, par-delà les eaux, la côte de l'Ayrshire d'où il attendait que ses partisans lui fissent signe qu'ils étaient prêts à l'accueillir. Ayant vu ce qu'il prit pour le signal convenu, il mit à la voile, pour s'apercevoir ensuite que ce n'était qu'une fausse alerte.

 

 

L'île de Skye, l'une des Hébrides du Sud, est la plus vaste des îles situées à l'ouest de l'Ecosse. Longue de quatre-vingts kilomètres et large de trente-sept, c'est une île montagneuse dont les deux principales chaînes sont les Cuillin Huis et la Trotternish. Comme l'indique sa toponymie, l'île de Skye a été très marquée par la présence scandinave, avant son rattachement au royaume d'Ecosse à la suite de la défaite des Scandinaves à Largs, en 1263. Depuis lors, elle est sous la domination de la famille Macleod de Dunvegan. C'est à l'île de Skye que Flora Macdonald, se faisant passer pour sa domestique, conduisit le prince Charles après sa défaite. Flora se maria sur l'île, et c'est là qu'elle est enterrée, à Kilmuir.

L'île de Muil a la réputation peu flatteuse d'être la plus humide des Hébrides, mais le visiteur ne se laissera pas dissuader pour Si peu. La plus grande ville, Tobermory, est un port d'ancrage pour les plaisanciers de l'île, où viennent aussi mouiller les bateaux à vapeur. Ses maisons du XIXe siècle sont peintes de couleurs vives qui font penser à un village de pêcheurs italien ou espagnol. L'oeil se délectera des innombrables chutes d'eau, des falaises de basalte du mont Ben More, des carrières de granit du Ross of Mull, dont la pierre fut utilisée dans la construction de l'Albert Memorial de Londres, et des colonnes de basalte d'Ulva et de Carsaig.

 

La grotte de MacKinnon, sur l'île de Mull toujours, n'a jamais été entièrement explorée. On raconte que MacKinnon, joueur de cornemuse légendaire, explorait la grotte lorsqu'il fut surpris par la marée montante. Une mauvaise fée lui promit qu'il serait sauvé s'il parvenait à jouer de sa cornemuse jusqu'aux premières lueurs de l'aube. Il échoua et y laissa la vie. Dans le roman de Stevenson, Enlevé, un autre lieu, le célèbre Glen More, est décrit dans le détail lors de l'épisode où le héros, David Balfour, se rend au ferry de Craignure.

 

L'île de Staffa est célèbre pour sa grotte de Fingal, qui doit son nom au père d'Ossian, et fut immortalisée par Mendelssohn dans l'ouverture (Hébrides) qu'il composa après l'avoir visitée, en 1829.

 

L'île d'Iona est le berceau du royaume celte d'Ecosse, qui fut fondé lorsque saint Colomban, venu d'Irlande, s'y établit en l'an 563. Une abbaye fut construite, que les moines défendirent avec succès contre les invasions vikings. Les lieux ne connurent le délabrement qu'au XVIe siècle, aux temps de la Réforme écossaise. Ils ont de nos jours retrouvé leur affectation - la fondation d'une nouvelle communauté religieuse et artisanale capable de faire face aux exigences du XXe siècle a été l'occasion d'une remise en état de l'abbaye. C'est le lieu de sépulture de maints rois d'Irlande et d'Ecosse et, à ce que l'on en croit, de certains rois de France et de Norvège également. Le premier roi celte d'Ecosse, Kenneth MacAlpine, est sans aucun doute inhumé là.

 

Les vestiges de l'ancien monastère, les bâtiments conventuels, les tombeaux des rois et l'abbaye restaurée, tous se situent à proximité du débarcadère du ferry.

 

Colonsay (ou île de Colomban) abonde en sites archéologiques, menhirs, maisons circulaires, cercles de pierres, fortins. C'est également un délice pour le promeneur, auquel nul lieu n'est fermé, pas même les jardins de Colonsay House, dont le propriétaire est lord Strathcona et dans lesquels poussent magnolias, rhododendrons, pêchers et figuiers.

 

Les habitants de l'île d'lslay consacrent pour la plupart leur temps au whisky et au fromage (à en fabriquer, et non àen consommer!). L'île ne contient pas moins de huit distilleries; mais il fut un temps où elle joua un rôle bien plus important dans l'histoire de l'Ecosse, lorsqu'elle était le lieu de résidence des seigneurs des îles. C'est là qu'au XIIe siècle fut fondé le clan Macdonald, là que furent gouvernées les îles pendant les trois siècles qui suivirent.

 

Située à l'extrême nord des Hébrides septentrionales, la plus vaste de celles-ci, l'île de Lewis, est la patrie et le bastion de la langue et de la culture gaéliques. La pêche représente la principale activité, avec l'agriculture vivrière, le tissage et l'extraction de la tourbe. Non loin du port de Stornoway, la principale ville, se trouve le château de Lewis, qui fut résidence du clan MacLeod de Lewis à partir du XIIIe siècle et jusqu'au XVIe siècle: l'île fut alors concédée par Jacques V à la famille Seaforth. Après la Première Guerre mondiale, le château fut acheté par lord Leverhulme, qui avait fait fortune dans' le savon et qui, après avoir tenté de commercialiser la production de l'île dans le monde entier, fit don de l'île et de la paroisse à ses habitants. Le domaine dépend à présent de la Caisse des Monuments historiques de Stornoway.

 

A une dizaine de kilomètres de Stornoway se dresse la chapelle Saint-Colomban, fondée par un MacLeod de Lewis pour des chanoines augustins. Le tombeau de Roderick, septième de la lignée MacLeod, se trouve en ce lieu.

 

Benbecula, aux innombrables petits lochs intérieurs dans lesquels abonde la truite, est le paradis des pêcheurs. L'île constitue le lien entre les Hébrides septentrionales, qui appartiennent pour l'essentiel à l'Eglise libre d'Ecosse (Free Kirk), et celles du Sud, catholiques. Jadis, les catholiques, qui n'avaient pas d'église sur l'île, durent construire un gué pour franchir l'étroit bras de mer qui sépare Benbecula de South Uist, sur laquelle ils se rendaient pour assister aux offices religieux.

 

South Uist est le lieu de naissance de Flora MacDonald. Un cairn (tumulus de pierres), entouré des vestiges d'une chaumière, en marque l'endroit. Hormis un bref séjour en Amérique, l'héroïne écossaise passa la plus grande partie de sa vie (1722-1790) sur l'île de Skye.

 

L'île d'Eriskay est formée de deux sommets dénudés et tourmentés, Ben Scrien et Ben Stack. Prince's Bay est l'endroit où le prince Charles posa pour la première fois le pied sur le sol écossais au début du soulèvement de 1745. Selon les insulaires, le liseron de mer qui pousse sur l'île fut apporté par le prince, et c'est pourquoi ils l'appellent l'" herbe du Prinçe ". L'île a également été le théâtre de nombreux naufrages, dont celui du Politician qui, s'étant échoué avec sa cargaison de whisky, inspira à Sir Compton Mackenzie un roman à succès, Whisky à gogo, dont un film a été tiré par la suite.

Les Orcades sont riches en sites archéologiques. Parmi ceux-ci, un village néolithique connu dans le monde entier, la plus ancienne maison d'Europe encore debout, des longues huttes vikings, des habitations circulaires, des menhirs.

 

La ville de Kirkwall, située sur la plus grande île de l'archipel, fut fondée par des Scandinaves au XIe siècle. La cathédrale Saint-Magnus date de cette époque. Les ruines du palais épiscopal, construit par l'évêque Guillaume l'Ancien, sont voisines de la cathédrale. C'est la que mourut le roi Haakon de Norvège après sa défaite à la bataille de Largs. En face de la cathédrale se trouve le Tankerness Museum, où sont retracés quatre mille ans de l'histoire des Orcades.

 

Sur la route qui s'éloigne de Kirkwall par le sud, on a en plusieurs endroits une très bonne vue sur la base navale de Scapa Flow. Par temps calme, on distingue même dans la mer les contours du Royal Oak, torpillé par un sous-marin allemand au cours de la Seconde Guerre mondiale, et àbord duquel périrent huit cents personnes.

 

Sur la même île, Stromness, deuxième ville par sa population, dut son essor, au XVIIe siècle, à la Compagnie de la Baie d'Hudson. A une certaine époque, les trois quarts des employés de la compagnie étaient originaires des Orcades. Au nord de la ville se situe Scara Brae, site occupé par les vestiges d'un village construit voici quatre mille cinq cents ans par une tribu de l'âge de pierre, qui comptait une trentaine d'individus. Protégé par des sédiments sablonneux, le village est dans un état de conservation remarquable. Le mobilier de pierre (lits, vaisseliers, placards, moulins à bras) se trouve exactement en l'état où il était lorsque le village fut abandonné vers l'an 2450 av. J.-C.

 

 

La plus ancienne maison d'Europe se trouve à Papa Westray. On la nomme Knap of Howar (le noeud des tertres). Les deux constructions contiguès qui font face à Westray, au-delà des eaux, furent érigées, selon des estimations scientifiques, entre 3500 et 3100 avant J.-C. L'île possède également une réserve ornithologique autour des falaises de Fowl's Craig, dernier site en Europe où s'est reproduit le grand pingouin, dont l'espèce est à présent éteinte. Le cormoran huppé, la sterne, la mouette tridactyle et le guillemot peuplent aujourd'hui les falaises.

 

Hoy est l'île de l'archipel des Orcades située le plus loin àl'ouest, mais elle doit sans doute son renom à l'Old Man of Hoy. Le " Vieil Homme " n'est pas une personne âgée qui résiderait dans l'île: il s'agit tout bonnement d'un vieux rocher de grès rouge d'une hauteur de cent quarante mètres, qui constitue un défi à tout amateur de varappe expérimenté.

 

A une centaine de kilomètres au nord des Orcades, les îles Shetland forment un archipel d'une centaine d'îles, dont une vingtaine sont habitées. Ces îles sont réputées pour leur laine et leurs tricots. Lerwick, la capitale, constitue un point de repère non seulement pour les pêcheurs des îles Shetland, mais aussi pour ceux du Danemark, de Norvège, de Hollande et d'Union soviétique. Robert Stout (puis sir Robert), originaire des îles Shetland, émigra en Nouvelle-Zélande en 1863, où vingt et un ans plus tard il devint Premier ministre.

 

Les îles Shetland possèdent elles aussi leurs sites archéologiques, dont le plus célèbre est celui de Jarîshof. Les vestiges les plus anciens de ce site sont ceux d'une hutte ovale datant de la charnière entre âge de pierre et âge du bronze, voici quelque trois mille ans. Dans un de ses récits, Le Pirate, Robert Louis Stevenson fait figurer Jarîshof. Ce n'est d'ailleurs pas son seul lien avec l'endroit, puisque le grand-père de l'écrivain construisit le phare de Sumburgh Head.

 

Jadis plus importante que Lerwick, la ville de Scalloway ne possède même plus une seule boutique de nos jours. Elle est dominée par son château, construit par Andrew Crawford pour le fils de Jacques V. Jamais ici on n'a pardonné à ce fils, Patrick Stewart, d'avoir imposé aux îles le régime féodal, et d'avoir fait perdre aux insulaires leur statut d'hommes libres, pour en faire des serfs.

 

Les îles Shetland et les Orcades ont été considérablement affectées par l'extraction du pétrole de la mer du Nord et par les industries dérivées. Aux îles Shetland, Sullom Voe était naguère une baie tranquille où les canards venaient hiverner. Elle est à présent entièrement occupée par un vaste terminal pétrolier, relié par des oléoducs aux champs pétrolifères sous-marins, où l'on pompe le pétrole dans de grands réservoirs. L'or noir a certes apporté aux îles la fortune, mais nul n'a encore estimé le prix qu'il en coûtera à l'environnement.

 

Activités sportives et industrie des loisirs ont connu un essor considérable ces dernières années, l'Ecosse se tournant de plus en plus vers le tourisme comme source de revenus et d'emplois.

 

En hiver, le ski attire ses adeptes dans plusieurs régions. Les principales sont celles de Glencoe, du Glen Shee, de Lecht et la Spey Valley, sans oublier Aviemore et les monts Cairngorm. La principale station d'Aviemore est celle de Coire Cas, équipée de deux télésièges qui mènent les skieurs à 1100 mètres d'altitude, de sept téléskis, et de plusieurs cafés et restaurants. Non loin de là, Coire na Ciste s'enorgueillit de son restaurant situé à 1 150 mètres d'altitude, ce qui en fait le plus haut de toute la Grande-Bretagne.

 

Le golf est un sport qui occupe une place de choix en Ecosse. A preuve, les légendaires parcours de St Andrews au nombre de quinze facilement accessibles de la ville, dont quatre intra-muros. L'" Old Course " de St Andrews date, dit-on, du XVe siècle. On y jouait sans aucun doute dans les règles de l'art bien avant la fondation, en 1745, du Royal and Ancient Golf Club. Il possède deux des trous les plus célèbres, son onzième, appelé " Sea hole " et son dix-septième, ou " Road hole ": ces trous de la Mer et de la Route ont fait mordre la poussière à plus d'unjoueur de classe mondiale. La demande est telle pour jouer à St Andrews (et n'importe qui peut y jouer) que l'on procède à un vote quotidien pour savoir qui jouera - et qui ne jouera pas - sur l'Old Course. On doit déposer son nom la veille avant 14 h 15, et les heureux élus figurent sur une liste affichée au club, au " Caddie's shelter ", aux clubs de golf de la ville et au syndicat d'initiative de South Street.

 

On peut également faire de la planche à voile à Lochearnhead, notamment, et sur le loch Insh; du canoè sur le loch Insh et à Dunain Bridge; pêcher à peu près partout où il y a de l'eau ; s'adonner auxjoies du deltaplane près de Braemar; pratiquer l'escalade ou la voile, partir en randonnée à pied ou à dos de poney, ou même se faire chercheur d'or.

 

On peut aussi visiter les magnifiques monuments et sites classés; assister aux Jeux des Highlands, à Braemar, ou aux grands Rassemblements highlandais de Strathpeffer, d'Invergordon, de Dornoch, de Lochinver, de Thurso, de Dingwall, de Strathconon et de bien d'autres lieux. A cela on peut ajouter les fêtes de la pêche, les festivités organisées par les comtés, les régates, les centres d'artisanat. Il y a de quoi satisfaire tous les goûts.

 

On peut enfin faire tout simplement ce qui apporte à la majorité des visiteurs un bonheur sans cesse renouvelé respirer la beauté sans fard du pays, goûter l'hospitalité de ses habitants, et répondre par un " yes " franc et sonore au vieux chant écossais qui demande Si vous reviendrez : " Will ye no come back again ?"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau