LES PROFS DE LETTRES AU « BAHUT » DE 1949 A 1956

 

 

 

Par Francis Dabrigeon d'Aubenas élève du Collège classique

 

 

 

Notre vieux collège avait pour nom « Collège classique et moderne ». Mais ne nous leurrons pas : malgré l’ajout récent de l’adjectif « moderne », l’écrasante majorité des élèves en ces années 49-56 faisait du latin et quelques-uns (très peu) du grec. Les « Modernes » c’étaient ceux qui venaient des cours complémentaires. Autant que je me souvienne, le « professeur principal » était toujours un prof de lettres. Une raison parmi d’autres de s’intéresser à eux.

Je commence par un tableau des professeurs concernés.

 

Classe / Matière enseignée

Français

Latin

Grec

1er cycle -6e

Lacroux

Massot

Sans objet

- 5e

Massot

Cayré

Sans objet

-4e

Andriot-Baille

Faivre

Massot

-3e (« Grammaire » apud SJ) *

Massot

Massot

Massot

2e cycle -2e (« Humanités » apud SJ) *

Andriot-Baille

Andriot-Baille

Andriot-Baille

-1e (« Rhétorique » apud SJ) *

Domeizel

Domeizel

Domeizel

* Sic. L’ancienne appellation dans les collèges jésuites. Massot nous en avait informé.

 

Voilà, j’espère ne pas m’être trompé. On remarquera qu’il y a dans ce tableau 3 vrais professeurs de lettres (Massot, Baille et Domeizel) et 3 dont les Lettres n’étaient pas l’enseignement principal (Cayré, historien, Lacroux, angliciste et Faivre, philosophe). Il fallait bien leur faire atteindre le nombre d’heures requis pour tout professeur.

Je ne parle pas de la classe terminale où le seul enseignement de lettres que j’ai suivi (par choix) était le grec avec Domeizel.

Alors, voyons les souvenirs qui me reviennent sur les « Trois + Trois » La mémoire étant très sélective, je ne doute pas que les autres consulteurs du site auraient des souvenirs très différents à rapporter. Eh bien qu’ils le fassent, j’en serais très heureux, même si je vois mes propos contestés.

Un dernier mot en introduction : j’étais ce qu’on appelle un élève moyen, avec bien sûr des nuances selon la matière enseignée. Je préférais le grec au latin ; en français, j’avais une orthographe correcte mais pas parfaite et mon style dans les rédactions était, disons, compréhensible mais un peu lourd.

 

 

 

1-LACROUX, dit « le big master »

 

 

 

 

Lacroux peintre

 

 

L’Homme

Un physique plutôt impressionnant, grand et quelque peu enveloppé, avec un chapeau mou rabattu sur les bords qui le faisait ressembler de loin à un agent des « organes » (le KGB…)

En même temps, pas lourdaud du tout. Dans l’allée des professeurs, il faisait des demi-tours qui ressemblaient à des pas de danse !

Aucune information sur ses idées politiques.

Un homme qui a vécu très vieux. Peut-être un record de longévité parmi les professeurs (peut-être après le prof de gym Lemaire ?)

Un nom occitan. La crotz, francisée en Lacroux veut dire tout simplement « La croix ». Et pourtant aucune trace d’accent.

En dehors de l’enseignement, il cultivait ce qui était plus qu’un hobby : la peinture. Il exposait à Privas avec sa femme, peintre elle aussi. Son style n’était ni académique, ni contemporain. Au moins 2 déclarations anti-modernes faites en classe : « Henry Moore et ses statues à la poitrine creusée, je laisse les Anglais en faire un artiste national, très peu pour moi ! » Et « la plupart des Picasso depuis le cubisme, c’est du f…de gueule ! »

Le professeur

En ce qui concerne l’anglais, son accent n’était peut-être pas parfait mais ses cours étaient tout près de l’être. Il suivait les manuels Carpentier en nous disant que ceux de 6ème et de 5ème étaient bien suffisants pour avoir le BEPC.

Il agrémentait ses propos par des dessins au tableau dont nous admirions tous la rapidité et la justesse du trait.

Et le professeur de français ? C’était il y a 67 ans, mais oui, et mes souvenirs ne sont pas extrêmement nombreux. En un mot, c’était en artiste qu’il se présentait. A la fin de chaque trimestre, il nous donnait une rédaction à faire à la maison en l’illustrant d’aquarelles originales en frontispice, en marge et en cul-de-lampe. Et ce ne devait pas être des dessins d’enfants ! N’était-ce pas nous surestimer ? Pour ma part, je paniquais et j’ai sollicité, ni vu, ni connu, l’assistance d’une grande sœur qui avait un minimum de dons artistiques. Je me souviens tout de même de la production d’un certain Vincent (que je n’ai jamais revu après le collège). Lacroux a fait la critique de son travail comme s’il s’agissait d’un adulte : vous avez bien travaillé, votre œuvre est intéressante, même si vous me permettrez de vous dire que je ne l’aime pas !

En français, ce qui l’intéressait, c’était d’abord le style, puis le style et enfin le style ! Et de nous vanter d’abord Flaubert, le maître des maîtres, puis son neveu, Guy de Maupassant et encore Colette (pas précisément une lecture pour enfants !) A moi qui n’avait rien d’un styliste, il a conseillé dans mon bulletin trimestriel de lire les « Trois contes » de l’artiste de Croisset. Mes parents se sont exécuté et, en même temps que les « Trois mousquetaires », je m’y suis mis. Je suis obligé de dire que je n’ai pas été emballé, Salâmbo, c’a aurait été pire et la correspondance, lue adulte, que tout le monde vante m’a déçu (ce style relâché à l’extrême opposé des œuvres passées dans le gueuloir !) Evidemment, il reste le chef-d’œuvre des chefs-d’œuvres, Madame Bovary, mais ce n’était pas une lecture pour un enfant de 10 ans.

 

 

 

2-CAYRÉ, dit « Queue de rat » ou « Couétou »

 

 

 

Queue de rat

 

 

 

 

L’Homme

Vif contraste avec le précédent professeur. L’homme était maigre, portant lunettes, portant un surnom plutôt bizarre

Né dans « le plus beau village de France », (cf. l’émission télé de Stéphane Bern), « Cordes-sur-Ciel » (Ciel, ce n’est pas le firmament mais une rivière !), il avait « gardé son accent qui fleurit du côté de Marseille », comme le chante Mireille Mathieu (un peu loin de Marseille à vrai dire). Il roulait les r-, ce que ne font pas les Provençaux, mais tous les autres Occitans.

Une parenthèse sur l’occitanité avouée ou dissimulée de certains de nos professeurs ou la « franchimanderie » des autres. En 1949, on entendait encore pas mal la langue sur les marchés mais à l’école « pas res » et « c’est ainsi que votre fille est (devenue) muette » (en langue d’oc) 

Ci-après un tableau, regroupant tous les professeurs ayant enseigné entre 1949 et 1956 ainsi que d’autres membres du personnel. J’ai quelques incertitudes et mes lecteurs voudront bien pardonner mes éventuelles erreurs.

 

 

Professeur/

Rapport avec la langue d’oc (l’Occitan)

Occitan connaissant la langue

Occitan

n’ayant gardé que « l’accent »

Occitan sans accent

Non

Occitan

BASTIAN (anglais)

 

 

 

X

BEAUMELLE (Italien)

X

 

 

 

BAILLE (Lettres class)

 

 

 

X

CAYRÉ (Histoire-Géo)

 

X

 

 

CROUZET (Gym)

 

 

X

 

DEVOIVRE (Musique)

 

X

 

 

DOMEIZEL (Lettres class)

X

 

 

 

DUROURE aumônier catho

 

 

X

 

FAIVRE (Philo)

 

 

 

X

FIAZELLA (Gym)

 

 

 

X

FONTVIEILLE (Hist-Geo)

 

X

 

 

GUÉPIN (Allemand)

 

X

 

 

JACQUIER (Maths)

X

 

 

 

LACROUX (Anglais)

 

 

X

 

LEMAÎTRE (Gym)

 

 

X

 

LESBROS (Principal)

 

X

 

 

LIEBER (Philo)

 

 

X

 

MAISON (Dessin)

 

 

 

X

MASSOT (Lettres class)

 

 

 

 

OISEL (Physique)

 

 

X

 

PUPKO (Maths)

 

X

 

 

REYNAUD (Maths)

 

 

 

X

ROUX (surveillant)

 

X

 

 

ROYER (Surveillant)

 

 

 

X

VEYRENC (Concierge)

X

 

 

 

 

Voilà, pas fameux et encore les quatre qui étaient probablement occitanophones ne nous en pipaient mot. Tout le monde disait « Kéré » et non pas Kaïré, bonne prononciation (Bayrou a plus de chance). Notons toutefois que le Breton Oisel nous a dit qu’il avait entendu réciter Mireille, qu’il n’avait pas compris mais avait trouvé que c’était très beau. Merci pour la langue « tan mespressada e pasmens tan polida »

 

Le professeur d’Histoire

 

S’agissant de l’Histoire, contrairement à Fontvieille, on peut dire qu’il avait du goût pour la chose. Comme j’étais passionné d’Histoire, je l’écoutais avec attention, mais ce n’était pas le cas de tous les élèves, loin de là. Certains jouaient au morpion en bout de salle, d’autres somnolaient, d’autres encore bavardaient jusqu’au moment où retentissait un cri strident de notre Couetou, très souvent « Cape !!! » du nom du plus mauvais élève. Il faut avouer que nous n’avions pas un fameux comédien en face de nous mais un homme qui lisait ses notes d’une voix monotone avec un curieux tremblement de jambes permanent et des « N’est-ce pas, Spa pa » plus que fréquents et que certains d’entre nous s’amusaient à compter (on pouvait en dénombrer jusqu’à 50 !)

Pas question de demander à avoir un cours festif, à la veille des vacances. Nanette Crouzet avait pris son plus bel air de suppliante « On voudrait des histoires ! » Réponse : « Ah vous voulez de l’histoire, vous allez en avoir et de la plus plaisante, l’histoire de Roi-sergent »

Avec une régularité d’horloge, on avait droit à une interrogation écrite, 15 jours avant la composition. Un beau jour, on voit notre « Queue de rat » s’installer lentement, regarder ses papiers. Ca y est, cette fois on échappe à l’épreuve ! Mais pas du tout, après une bonne dizaine de minutes, on entend « Ah ! Interrogation écrite ! »

Le latiniste

Donc, professeur sans la licence en cinquième. C’était l’année du « De viris », le texte de l’abbé Lhomond (18ème siècle), plus au moins modernisé par l’auteur de manuel Cayrou. Notre productivité a été quelque peu déficiente…Nanette Crouzet, encore elle, paix à sa mémoire, demandait régulièrement à diminuer le nombre de lignes à préparer. Sans doute douée d’un fort pouvoir de conviction, elle en arrivait à obtenir 3 ou 4 lignes…

Pour le reste (grammaire, vocabulaire…), victimes des mauvais manuels qui nous étaient imposés, on n’a pas eu l’apprentissage joyeux mais enfin à peu près efficace.

 

 

 

3-FAIVRE

 

 

 

 

Faivre philo

 

 

L’Homme

Un physique quelque peu exotique, c’est lui-même qui s’était décrit ainsi. Né en Bourgogne, il avait peut-être des ancêtres antillais.

Une grosse moustache qui lui donnait un vague air d’Albert Einstein.

Un surpoids évident qui lui interdisait de faire du sport. Evidemment, il s’ennuyait le dimanche, comme Juliette Greco dans sa chanson.

Une certaine volonté » d’exercer son « leadership ». Il avait pris sous sa coupe (ou donnait l’impression d’avoir pris sous sa coupe) 2 professeurs de son âge, Beaumelle qu’il prenait en croupe sur sa Vespa et Raynaud

Un engagement politique à l’extrême gauche (mais pas au Parti communiste) indéniable mais contenu dans certaines limites quand il faisait cours. En dehors, on pouvait entendre : « Avec le peu d’estime ou même l’absence d’estime que j’ai pour M.Sacha Guitry… » ou encore « Avec cette épidémie de scarlatine, je ne peux que conclure qu’il ne saurait exister un être suprême sauf à faire de lui quelqu’un de fondamentalement mauvais » ou encore « Ce Gustave Thibon qui vient faire des conférences à Privas, s’il avait été fusillé à la Libération, j’en aurais été satisfait ». On m’a dit que, toujours vivant, il serait passé à l’extrême-droite, j’ai peine à le croire.

Un jacobin hélas ! Même la renaissance des noms de région l’importunait. « Je ne sais pas si vous le savez mais maintenant il faut se dire provençal, languedocien, bourguignon etc…comme si être français ne suffisait pas »

Le prof de philo

Tout à fait excellent. En allant saluer Faivre à mon départ de Privas, je lui ai dit que je le considérai comme mon meilleur professeur et il n’en a pas été mécontent. Les cours magistraux étaient clairs, les devoirs rendus avec chaque fois un corrigé remarquable qui circulait et que je m’empressais de recopier.

Il traitait de la métaphysique comme des autre parties de la Philo, tout en nous disant en introduction « Vous savez que je considère tout ce que je vais vous enseigner comme calembredaines et compagnie. Mais je ne ferai pas comme mon collègue Violette de l’école normale qui, catholique, se dit en droit de catéchiser ». Amusant, il avait créé une vraie épithète homérique pour Dieu. Achille, c’était « le bouillant Achille », Dieu c’était « silexiste » (s’il existe).

Ni dans ses cours, ni ailleurs il n’était du genre à taper dans le dos. Quand on le croisait dans la rue, il ne vous saluait pas. Quand il posait une question et qu’on répondait de travers, une ironie souvent blessante concluait l’affaire. Pas grave.

Le latiniste

Pas grand souvenir. Il me semble qu’on a traduit le « De bello gallico ». Bon prof de philo, il était aussi bon prof de latin, alors que ce n’était que son 3ème choix. Faivre était un hispaniste, allant chaque année au pays de Franco malgré sa haine du régime qui, à l’époque n’avait pas changé (le « desarollo » date de 1960). Horreur (un jugement qui n’engage que moi), il était aussi « aficionado ». A défaut d’enseigner au Collège, il interrogeait à l’oral du BEPC. Je me souviens qu’un des candidats ignorait le mot « sierra » !

 

 

4-MASSOT

 

 

 

Massot latin

 

 

 

L’Homme

Un homme plutôt petit, à moitié chauve, alors qu’il était dans la force de l’âge, un grand front, signe d’intelligence, dit-on, une voix de stentor, de camelot avait écrit sur un bout de papier le fils B., papier subtilisé par notre Massot qui l’avait évidemment mal pris.

Un homme dépourvu de toute espèce de timidité, sinon de retenue. Il avait le tutoiement facile, abordait les élèves dans les rues (contra : Faivre), racontait sa vie chez le coiffeur Arnaud au risque d’ennuyer les autres clients, trônait à la tribune de l’Odéon pour animer avec la plus grande aisance les débats du ciné-club (contra : Fontvieille).

Un natif de Montpellier et ayant fait, Dieu sait pourquoi, ses études à Avignon.

Avec ça, pas la moindre trace d’accent occitan. Il avait même critiqué la récitation d’un élève (Ponton) en disant « D’accord, l’accent du Midi est piquant mais non, le français se prononce à la française ! »

Pas sportif. Il avait été engagé dans l’équipe de basket (ou de hand ?) des professeurs de Privas qui affrontait au Stade Rascle les professeurs d’Aubenas. Il fallait faire nombre mais seuls Crouzet et Roux jouaient vraiment et Privas a pris une piquette. Notre Germain (M) se tenait dans un coin et, quand il en avait marre, il subtilisait le ballon, en toute illégalité !

Je ne dirai rien de ses mœurs car je n’ai eu que des témoignages indirects. Ses ennuis auraient éclaté quand il était principal (à St.Marcellin ?). L’ancienne élève du Bahut qui m’a appris ça, aurait elle-même « mal tourné » (autre témoignage indirect)…

Ses opinions politiques ? Il avait la réputation d’être un homme de gauche, sans doute votait-il communiste. A mon sens, c’était en réalité un homme de droite. Cf. les périodes de « dressage » dont je parlerai plus bas et deux réflexions entre autres pour le moins curieuses « Préféreriez-vous être Blanc ou Noir ? Pour moi, c’est Blanc ! » et « Tout de même, la vie antique avait des douceurs : l’esclavage par exemple ». Comme on rétorquait : « Peut-être pour les maîtres, pas pour les esclaves ! » on a eu pour réponse « Ouais (son interjection favorite)…chez les Romains, trop souvent, c’est vrai mais pas chez les Grecs » (et les mines du Laurion ?)

Le professeur : son comportement

Sa volonté, sans doute sincère était de faire copain-copain avec les élèves. Ainsi, il refusait l’estrade, seul professeur dans ce cas, si je ne me trompe. Mais, au moindre incident, les choses changeaient du tout au tout et tant pis si cela lui créait des ennemis pour toujours. On entrait alors dans une période qu’il qualifiait lui-même de « dressage », agrémentée de charmants propos comme « la saison des claques va commencer » (elle n’a jamais commencé !), « tout le monde debout, les bras croisés, jusqu’à ce que je vous demande de vous asseoir », « la nature humaine étant ainsi faite, bientôt, vous me lécheriez dans les mains si je vous le demandais » (il ne nous l’a jamais demandé et la colère se calmait en une semaine)

Amusant : il nous faisait faire des thèmes de circonstance. Je me souviens de l’un d’entre eux (après je ne sais quel incident provoqué par des filles) : « Les jeunes filles polies sont la parure d’une classe ; impolies, elles sont la source des pires désordres! »

 

Outre cette attitude cyclothymique, il faut bien dire que Massot avait ses têtes et il l’avouait ! « Dans la rue, bien sûr que je salue tous mes élèves mais j’ai évidemment plus de plaisir à rencontrer X que d’Abrigeon ! » Il m’était parfaitement indifférent de ne pas être un « chouchou », peut-être cela valait mieux, vu ce qu’on a appris par la suite sur ses mœurs, mais je trouvais son aveu un peu naïf, non ? Mais, j’y pense, était-ce pour ce rattraper ? Je passe au tableau pour une récitation. Je bute sur un mot très légèrement certes mais enfin ma prestation ne pouvait pas être considérée comme parfaite. Ma note ? 20 sur 20 ! Protestation générale, moi je ne pipe mot mais j’éprouve quelque honte (comme le footballeur Thierry Henry et sa main). Rien n’y fait : note maintenue ! Tout cela fait un peu folklorique, non ?

Dans la même veine, il avait décrété que Vincent déjà nommé « avait une vie intérieure intense ». Cela me faisait rire, peut-être parce que j’avais une âme de brute, ne pouvant accéder à ces hauteurs (en l’occurrence ces profondeurs)

Massot n’a jamais toléré le surnom attribué quelques années avant nous, « Bicu » Origine : dans ses observations sur les devoirs un « e » mal fermé et un « n » ressemblant à un « u » et « bien » devenait « bicu »)

Je crois même que, des années avant 49, un inconscient avait essayé de lui coller un poisson d’avril dans le dos. Il n’avait pas trouvé ça drôle du tout !

Le professeur de français : son enseignement

Nous l’avions donc en 6ème et en 3ème où il était « professeur principal. »

Je le dis comme je le pense, ses cours n’étaient pas faits pour nous faire aimer la langue. Au lieu des « exercices d’admiration » chers à Cioran, il faisait beaucoup de grimaces devant nos grands auteurs. Ainsi :

« La tragédie classique ? Observez son artifice : on parle d’un personnage et voilà qu’il se pointe !»

« Molière ? Beaucoup trop de farces à oublier »

« Victor Hugo ? N’oubliez pas le « V.Hugo hélas ! » de Gide »

Tout de même, il avait quelques favoris : Vigny dont il citait par cœur la profession d’athéisme de la « Mort du loup » et l’aristocratisme de « Cinq Mars » (quand je disais que c’était un homme de gauche problématique…). Il admirait aussi Montherlant (espérons que ce n’était pas pour ses mœurs !) en nous disant « Eh oui, il faut se rendre compte qu’après un demi-siècle le 20ème existe en littérature ». Fichtre, un siècle enterré maintenant depuis 16 ans !

On avait droit aussi, en général en fin de trimestre, à des lectures. Massot lisait très bien. Je me souviens de la découverte (pour lui et pour nous) de « On purge Bébé ». Comme quoi, il ne détestait pas toutes les farces.

Il y avait un lecteur professionnel (Collet ? Coulet) qui se produisait à l’Odéon. Massot nous dissuadait d’y aller !

Le professeur de latin : son enseignement

Un dada : la prononciation dite « restituée », seul parmi les profs de latin à la pratiquer. Ainsi Cicero se prononçait « Kikéro », historiae « istori a e ». Il ironisait sue ceux qui allaient à la messe et avaient adopté la prononciation fautive de l’Eglise. Pas grand succès. Avec les autres profs de latin, on oubliait la leçon.

Pas de leçon de scansion des vers, il faudra attendre Domeizel pour ça.

Massot était bon latiniste mais moins bon que Domeizel. On a pu passer le BEPC sans encombre.

Le professeur de grec : son enseignement

Plus de témoin vivant à part moi ! Massot est mort et ma seule camarade de classe, Michèle Lantheaume aussi.

Bon professeur même si je déplorais encore un dada : l’accentuation grecque. On devait acheter un manuel entièrement consacré à ce casse-tête. Mais pourquoi donc, on ne faisait pratiquement jamais de thème ? Je note que les Grecs d’aujourd’hui se sont débarrassés de l’esprit grave, de l’esprit aigu, de l’accent circonflexe et de l’accent grave. Seul l’esprit aigu a survécu à ce massacre de salut public.

En tout cas, c’était pratiquement des leçons particulières qu’on suivait. Il aurait fallu être bouché pour ne rien apprendre. C’est comme ça que j’étais bien plus fort en grec qu’en latin.

 

 

 

5-ANDRIOT épouse BAILLE

 

 

La femme

Oui, la demoiselle Andriot que nous avons découverte en classe de 4ème s’est mariée avec le médecin scolaire Cyr Baille en même temps qu’elle montrait une grossesse avancée…

Une très jeune et assez jolie professeure venue de Bourgogne qui avait un accent pointu.

Une personne plutôt timide. Elle avait fait le discours de distribution des prix (sujet : plaidoyer pour l’enseignement du grec) et ses feuilles, portées par ses mains bien sûr, tremblaient.

La professeure

En latin et en grec, pas grand-chose à signaler. Pas très jojo la pièce grecque d’Euripide qui a été notre lot : Alceste. Quelques pièces du théâtre grec sont reprises de nos jours, surtout celles de Sophocle, Alceste (une femme, pas le Misanthrope !) jamais.

En français, personne ne chahutait mais il était tacitement autorisé de bavarder. Je me souviens avoir discuté une heure durant avec Jean-Marie Gibbal sur les hommes de Vichy.

En 4ème, on faisait encore des dictées. Or, Baille avait une prononciation que je n’ai rencontrée chez personne d’autre : les e muets en fin de mot ne l’étaient pas vraiment « l’orange que j’ai pelé eu ». Résultat : je n’ai pas appris la règle de l’accord des participes, difficile pour tout le monde mais le pire est de croire n’avoir rirn à l’apprendre !

Encore une admiratrice de Montherlant. Elle ne nous faisait pas étudier « La reine morte » à l’égal d’une pièce de Racine ou de Molière mais elle nous l’a lue en entier dans un cours. Pour une fois, elle a grondé des élèves qui n’écoutaient pas ce « chef-d’œuvre »

Je crois bien qu’il y a plus de 10 ans que la pièce n’a pas été représentée à Paris !