Réalisation Francis Dabrigeon d'Aubenas   élève de Terminale 1956 au Bahut

 

 

 

 

pr-8.jpg

 

Et on termine par le meilleur, à mon avis. Tant pis pour ceux qui n’ont pas su l’apprécier.

 

L’homme

 

Assurément, il n’était pas impressionnant. Petit, un peu enveloppé, une moustache qui signait le bon paysan de la Lozère.

Un homme qui nous disait ne jamais avoir été malade et prévoyait de vivre jusqu’à …104 ans. Le pauvre, je crois bien que sa retraite a été courte.Do 1

Un bon accent occitan et une discrète connaissance de la langue. De temps en temps, il se forçait à prendre le « bon accent  franchimand » en lisant des classiques mais ce n’était que moyennement convaincant.

Un homme qui était malheureux en ménage. Sa femme faisait penser à Elise Jouhandeau.Do 2  Do 3

             Professeur de pêche                                                    Dirigeant la mise à l'eau d'alevins à Verdus

 

 

 

 

Sa fille unique ne lui donnait pas plus de satisfaction. Après 3 échecs au Baccalauréat, il a fallu un complot des autres professeurs pour qu’elle puisse enfin décrocher la peau d’âne (avec mention s’il vous plaît).

Un brave homme qui ne se fâchait jamais ou pas longtemps. Un beau jour, il a vu écrit au tableau « Domeizel est un c… » Il a appelé Roux qui avait succédé à Royer comme surveillant général. « Constatez. Eh bien, je demande que ce ne soit pas effacé au moins aujourd’hui. On trouvera ou non le coupable ». Bien entendu, on ne l’a pas trouvé.

Une autre fois, une certaine Madame Zimmerman (une bouillante juive roumain, mère d’un élève surdoué que nous surnommions Zabo) avait fait un scandale dans Privas en disant pis que pendre des professeurs, notamment de Bastian et de Domeizel. Bastian l’a très mal pris, Domeizel n’a pas réagi.

 

Do 4  Do 5

 

Derriere l'urne à une élection                   Avec messieurs Bastian et Billet écoutant le garde champêtre

 

 

Le professeur de français

 

Eh oui, c’est dans cette matière que les propos assassins de la mère Zimmermann pouvaient avoir un début de vérité. Domeizel était cultivé, il le montrait mais il n’avait plus envie de travailler ! D’une année à l’autre, les mêmes lectures nous étaient imposées, alors que précisément elles ne s’imposaient pas, comme « Le Mondain » de Voltaire. Des compositions ? ll fallait les corriger (et les corrections étaient faites très consciencieusement). Alors, ceux qui voulaient ne pas faire de devoirs, n’avaient pas besoin de protester, ils n’en avaient pas. Un élève a réussi à en faire seulement 3. Martial Chabanel, ma sœur et moi on est arrivés au nombre fabuleux de 13 !

Allons, cela ne nous a pas empêchés de décrocher le bac ! Et Domeizel nous a fait connaître le délicieux François Fabié, poète rouergat.

 

Le professeur de latin

 

Alors là, vade retro Zimmermann ! Domeizel était un excellent latiniste et un excellent professeur. Jouant au modeste, il nous disait « Le latin, ce n’est pas fait pour les intelligents, j’en suis la preuve ! » Eh bien, on n’était pas d’accord. Aucun bon latiniste chez nous tous. Domeizel a eu la malencontreuse idée d’inscrire 4 d’entre nous aux épreuves du concours général, Annie Debrus, ma sœur, moi et, je crois, Martial Chabanel. Evidemment, on s’est tous plantés, à la mauvaise surprise de notre maître. Il  nous a fait traduire le texte en cours et il a trouvé que ce n’était pas difficile !

Je me souviens d’une version très particulière sur un texte parlant du métro parisien. On ne risquait pas d’avoir ça au Bac mais pourquoi pas.

Un dernier mot sur le système original de notation qu’il a appliqué en fin d’année, les bonifications. Il nous disait, « on sanctionne toutes les fautes commises mais ne faut-il pas récompenser les fautes évitées, évidemment seulement sur les vraies difficultés » On a objecté « Mais enfin, on va pouvoir récolter un 20/20 avec des fautes » Eh bien oui et ma sœur a inauguré le système. Un 20/20 décerné solennellement, (pour la première et dernière fois). Quelle n’a pas été ma surprise d’apprendre il y a 2 ou 3 ans que le Ministère de l’Education (sous la direction de l’étoile filante Benoît Hamon) étudiait l’introduction d’un système tout à fait semblable. Il faut croire que les essais n’ont pas été faits ou ont été jugés peu concluants. On n’en parle plus. 

 

Le professeur de grec

 

Mêmes observations, Domeizel était un excellent hélléniste. On a traduit « L’apologie de Socrate ».

Tout de même, un dada remplace un autre. Pas l’accentuation comme chez Massot, mais la scansion des vers. Ah, les dactyles et les spondées et autres trochées  et anapestes ! Pour une fois ma camarade Michèle Lantheaume, était beaucoup plus forte que moi. Quand quelque chose m’ennuie, mon esprit résiste, quoi que je veuille. Mais enfin, j’étais sûr que les vers étaient justes, pourquoi nous demander de vérifier  leur exactitude ? (humour…)

Au Bac, tout s’est bien passé, même si en propédeutique, j’ai dû me remettre dans le bain.

 

Ici s’achèvent mes souvenirs. Un exercice de mémoire de la part d’un vieillard ? Certes. J’ose espérer cependant que les lecteurs du site auront pu être intéressés par quelques passages Je n’ai pas le tempérament nostalgique mais cela m’amuse de faire revivre de lointains souvenirs, « comme si c’était aujourd’hui » J’ai même des souvenirs plus lointains, mais qui ne concernent que moi : sur l’Occupation et la Libération (j’avais entre 3 et 5 ans !)

Francis d’ABRIGEON

(77 ans depuis le 2 juillet)

 

 

 

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !