Francis d'Abrigeon d'Aubenas ...

 

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                       Sunny time          Francis d'Abrigeon          Sunny time

                                 Collègien et provençal humaniste

 

                                                                               D abrigeon          Globe trotter

                                                                                                                      

 

                                              Dabrigeon       nous conte le Bahut Dabrigeon

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                               et ses voyages extraordinaires

 

 

 

 

 

 

 

" Au bon temps du Bahut de Privas "

 

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           Privas echafaud 4

 

 

 

 

 

 

LES PROFS DE LETTRES AU « BAHUT » DE 1949 A 1956

 

 

Notre vieux collège avait pour nom « Collège classique et moderne ». Mais ne nous leurrons pas : malgré l’ajout récent de l’adjectif « moderne », l’écrasante majorité des élèves en ces années 49-56 faisait du latin et quelques-uns (très peu) du grec. Les « Modernes » c’étaient ceux qui venaient des cours complémentaires. Autant que je me souvienne, le « professeur principal » était toujours un prof de lettres. Une raison parmi d’autres de s’intéresser à eux.

Je commence par un tableau des professeurs concernés.

 

Classe / Matière enseignée

Français

Latin

Grec

1er cycle -6e

Lacroux

Massot

Sans objet

- 5e

Massot

Cayré

Sans objet

-4e

Andriot-Baille

Faivre

Massot

-3e (« Grammaire » apud SJ) *

Massot

Massot

Massot

2e cycle -2e (« Humanités » apud SJ) *

Andriot-Baille

Andriot-Baille

Andriot-Baille

-1e (« Rhétorique » apud SJ) *

Domeizel

Domeizel

Domeizel

* Sic. L’ancienne appellation dans les collèges jésuites. Massot nous en avait informé.

 

Voilà, j’espère ne pas m’être trompé. On remarquera qu’il y a dans ce tableau 3 vrais professeurs de lettres (Massot, Baille et Domeizel) et 3 dont les Lettres n’étaient pas l’enseignement principal (Cayré, historien, Lacroux, angliciste et Faivre, philosophe). Il fallait bien leur faire atteindre le nombre d’heures requis pour tout professeur.

Je ne parle pas de la classe terminale où le seul enseignement de lettres que j’ai suivi (par choix) était le grec avec Domeizel.

Alors, voyons les souvenirs qui me reviennent sur les « Trois + Trois » La mémoire étant très sélective, je ne doute pas que les autres consulteurs du site auraient des souvenirs très différents à rapporter. Eh bien qu’ils le fassent, j’en serais très heureux, même si je vois mes propos contestés.

Un dernier mot en introduction : j’étais ce qu’on appelle un élève moyen, avec bien sûr des nuances selon la matière enseignée. Je préférais le grec au latin ; en français, j’avais une orthographe correcte mais pas parfaite et mon style dans les rédactions était, disons, compréhensible mais un peu lourd.

 

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur LACROUX, dit « le big master »

 

 

 

 

Lacroux peintre

 

 

L’Homme

Un physique plutôt impressionnant, grand et quelque peu enveloppé, avec un chapeau mou rabattu sur les bords qui le faisait ressembler de loin à un agent des « organes » (le KGB…)

En même temps, pas lourdaud du tout. Dans l’allée des professeurs, il faisait des demi-tours qui ressemblaient à des pas de danse !

Aucune information sur ses idées politiques.

Un homme qui a vécu très vieux. Peut-être un record de longévité parmi les professeurs (peut-être après le prof de gym Lemaire ?)

Un nom occitan. La crotz, francisée en Lacroux veut dire tout simplement « La croix ». Et pourtant aucune trace d’accent.

En dehors de l’enseignement, il cultivait ce qui était plus qu’un hobby : la peinture. Il exposait à Privas avec sa femme, peintre elle aussi. Son style n’était ni académique, ni contemporain. Au moins 2 déclarations anti-modernes faites en classe : « Henry Moore et ses statues à la poitrine creusée, je laisse les Anglais en faire un artiste national, très peu pour moi ! » Et « la plupart des Picasso depuis le cubisme, c’est du f…de gueule ! »

Le professeur

En ce qui concerne l’anglais, son accent n’était peut-être pas parfait mais ses cours étaient tout près de l’être. Il suivait les manuels Carpentier en nous disant que ceux de 6ème et de 5ème étaient bien suffisants pour avoir le BEPC.

Il agrémentait ses propos par des dessins au tableau dont nous admirions tous la rapidité et la justesse du trait.

Et le professeur de français ? C’était il y a 67 ans, mais oui, et mes souvenirs ne sont pas extrêmement nombreux. En un mot, c’était en artiste qu’il se présentait. A la fin de chaque trimestre, il nous donnait une rédaction à faire à la maison en l’illustrant d’aquarelles originales en frontispice, en marge et en cul-de-lampe. Et ce ne devait pas être des dessins d’enfants ! N’était-ce pas nous surestimer ? Pour ma part, je paniquais et j’ai sollicité, ni vu, ni connu, l’assistance d’une grande sœur qui avait un minimum de dons artistiques. Je me souviens tout de même de la production d’un certain Vincent (que je n’ai jamais revu après le collège). Lacroux a fait la critique de son travail comme s’il s’agissait d’un adulte : vous avez bien travaillé, votre œuvre est intéressante, même si vous me permettrez de vous dire que je ne l’aime pas !

En français, ce qui l’intéressait, c’était d’abord le style, puis le style et enfin le style ! Et de nous vanter d’abord Flaubert, le maître des maîtres, puis son neveu, Guy de Maupassant et encore Colette (pas précisément une lecture pour enfants !) A moi qui n’avait rien d’un styliste, il a conseillé dans mon bulletin trimestriel de lire les « Trois contes » de l’artiste de Croisset. Mes parents se sont exécuté et, en même temps que les « Trois mousquetaires », je m’y suis mis. Je suis obligé de dire que je n’ai pas été emballé, Salâmbo, c’a aurait été pire et la correspondance, lue adulte, que tout le monde vante m’a déçu (ce style relâché à l’extrême opposé des œuvres passées dans le gueuloir !) Evidemment, il reste le chef-d’œuvre des chefs-d’œuvres, Madame Bovary, mais ce n’était pas une lecture pour un enfant de 10 ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur CAYRÉ, dit « Queue de rat » ou « Couétou »

 

 

 

Queue de rat

 

 

 

 

L’Homme

Vif contraste avec le précédent professeur. L’homme était maigre, portant lunettes, portant un surnom plutôt bizarre

Né dans « le plus beau village de France », (cf. l’émission télé de Stéphane Bern), « Cordes-sur-Ciel » (Ciel, ce n’est pas le firmament mais une rivière !), il avait « gardé son accent qui fleurit du côté de Marseille », comme le chante Mireille Mathieu (un peu loin de Marseille à vrai dire). Il roulait les r-, ce que ne font pas les Provençaux, mais tous les autres Occitans.

Une parenthèse sur l’occitanité avouée ou dissimulée de certains de nos professeurs ou la « franchimanderie » des autres. En 1949, on entendait encore pas mal la langue sur les marchés mais à l’école « pas res » et « c’est ainsi que votre fille est (devenue) muette » (en langue d’oc) 

Ci-après un tableau, regroupant tous les professeurs ayant enseigné entre 1949 et 1956 ainsi que d’autres membres du personnel. J’ai quelques incertitudes et mes lecteurs voudront bien pardonner mes éventuelles erreurs.

 

 

Professeur/

Rapport avec la langue d’oc (l’Occitan)

Occitan connaissant la langue

Occitan

n’ayant gardé que « l’accent »

Occitan sans accent

Non

Occitan

BASTIAN (anglais)

 

 

 

X

BEAUMELLE (Italien)

X

 

 

 

BAILLE (Lettres class)

 

 

 

X

CAYRÉ (Histoire-Géo)

 

X

 

 

CROUZET (Gym)

 

 

X

 

DEVOIVRE (Musique)

 

X

 

 

DOMEIZEL (Lettres class)

X

 

 

 

DUROURE aumônier catho

 

 

X

 

FAIVRE (Philo)

 

 

 

X

FIAZELLA (Gym)

 

 

 

X

FONTVIEILLE (Hist-Geo)

 

X

 

 

GUÉPIN (Allemand)

 

X

 

 

JACQUIER (Maths)

X

 

 

 

LACROUX (Anglais)

 

 

X

 

LEMAÎTRE (Gym)

 

 

X

 

LESBROS (Principal)

 

X

 

 

LIEBER (Philo)

 

 

X

 

MAISON (Dessin)

 

 

 

X

MASSOT (Lettres class)

 

 

 

 

OISEL (Physique)

 

 

X

 

PUPKO (Maths)

 

X

 

 

REYNAUD (Maths)

 

 

 

X

ROUX (surveillant)

 

X

 

 

ROYER (Surveillant)

 

 

 

X

VEYRENC (Concierge)

X

 

 

 

 

Voilà, pas fameux et encore les quatre qui étaient probablement occitanophones ne nous en pipaient mot. Tout le monde disait « Kéré » et non pas Kaïré, bonne prononciation (Bayrou a plus de chance). Notons toutefois que le Breton Oisel nous a dit qu’il avait entendu réciter Mireille, qu’il n’avait pas compris mais avait trouvé que c’était très beau. Merci pour la langue « tan mespressada e pasmens tan polida »

 

Le professeur d’Histoire

 

S’agissant de l’Histoire, contrairement à Fontvieille, on peut dire qu’il avait du goût pour la chose. Comme j’étais passionné d’Histoire, je l’écoutais avec attention, mais ce n’était pas le cas de tous les élèves, loin de là. Certains jouaient au morpion en bout de salle, d’autres somnolaient, d’autres encore bavardaient jusqu’au moment où retentissait un cri strident de notre Couetou, très souvent « Cape !!! » du nom du plus mauvais élève. Il faut avouer que nous n’avions pas un fameux comédien en face de nous mais un homme qui lisait ses notes d’une voix monotone avec un curieux tremblement de jambes permanent et des « N’est-ce pas, Spa pa » plus que fréquents et que certains d’entre nous s’amusaient à compter (on pouvait en dénombrer jusqu’à 50 !)

Pas question de demander à avoir un cours festif, à la veille des vacances. Nanette Crouzet avait pris son plus bel air de suppliante « On voudrait des histoires ! » Réponse : « Ah vous voulez de l’histoire, vous allez en avoir et de la plus plaisante, l’histoire de Roi-sergent »

Avec une régularité d’horloge, on avait droit à une interrogation écrite, 15 jours avant la composition. Un beau jour, on voit notre « Queue de rat » s’installer lentement, regarder ses papiers. Ca y est, cette fois on échappe à l’épreuve ! Mais pas du tout, après une bonne dizaine de minutes, on entend « Ah ! Interrogation écrite ! »

Le latiniste

Donc, professeur sans la licence en cinquième. C’était l’année du « De viris », le texte de l’abbé Lhomond (18ème siècle), plus au moins modernisé par l’auteur de manuel Cayrou. Notre productivité a été quelque peu déficiente…Nanette Crouzet, encore elle, paix à sa mémoire, demandait régulièrement à diminuer le nombre de lignes à préparer. Sans doute douée d’un fort pouvoir de conviction, elle en arrivait à obtenir 3 ou 4 lignes…

Pour le reste (grammaire, vocabulaire…), victimes des mauvais manuels qui nous étaient imposés, on n’a pas eu l’apprentissage joyeux mais enfin à peu près efficace.

 

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur FAIVRE

 

 

 

 

Faivre philo

 

 

L’Homme

Un physique quelque peu exotique, c’est lui-même qui s’était décrit ainsi. Né en Bourgogne, il avait peut-être des ancêtres antillais.

Une grosse moustache qui lui donnait un vague air d’Albert Einstein.

Un surpoids évident qui lui interdisait de faire du sport. Evidemment, il s’ennuyait le dimanche, comme Juliette Greco dans sa chanson.

Une certaine volonté » d’exercer son « leadership ». Il avait pris sous sa coupe (ou donnait l’impression d’avoir pris sous sa coupe) 2 professeurs de son âge, Beaumelle qu’il prenait en croupe sur sa Vespa et Raynaud

Un engagement politique à l’extrême gauche (mais pas au Parti communiste) indéniable mais contenu dans certaines limites quand il faisait cours. En dehors, on pouvait entendre : « Avec le peu d’estime ou même l’absence d’estime que j’ai pour M.Sacha Guitry… » ou encore « Avec cette épidémie de scarlatine, je ne peux que conclure qu’il ne saurait exister un être suprême sauf à faire de lui quelqu’un de fondamentalement mauvais » ou encore « Ce Gustave Thibon qui vient faire des conférences à Privas, s’il avait été fusillé à la Libération, j’en aurais été satisfait ». On m’a dit que, toujours vivant, il serait passé à l’extrême-droite, j’ai peine à le croire.

Un jacobin hélas ! Même la renaissance des noms de région l’importunait. « Je ne sais pas si vous le savez mais maintenant il faut se dire provençal, languedocien, bourguignon etc…comme si être français ne suffisait pas »

Le prof de philo

Tout à fait excellent. En allant saluer Faivre à mon départ de Privas, je lui ai dit que je le considérai comme mon meilleur professeur et il n’en a pas été mécontent. Les cours magistraux étaient clairs, les devoirs rendus avec chaque fois un corrigé remarquable qui circulait et que je m’empressais de recopier.

Il traitait de la métaphysique comme des autre parties de la Philo, tout en nous disant en introduction « Vous savez que je considère tout ce que je vais vous enseigner comme calembredaines et compagnie. Mais je ne ferai pas comme mon collègue Violette de l’école normale qui, catholique, se dit en droit de catéchiser ». Amusant, il avait créé une vraie épithète homérique pour Dieu. Achille, c’était « le bouillant Achille », Dieu c’était « silexiste » (s’il existe).

Ni dans ses cours, ni ailleurs il n’était du genre à taper dans le dos. Quand on le croisait dans la rue, il ne vous saluait pas. Quand il posait une question et qu’on répondait de travers, une ironie souvent blessante concluait l’affaire. Pas grave.

Le latiniste

Pas grand souvenir. Il me semble qu’on a traduit le « De bello gallico ». Bon prof de philo, il était aussi bon prof de latin, alors que ce n’était que son 3ème choix. Faivre était un hispaniste, allant chaque année au pays de Franco malgré sa haine du régime qui, à l’époque n’avait pas changé (le « desarollo » date de 1960). Horreur (un jugement qui n’engage que moi), il était aussi « aficionado ». A défaut d’enseigner au Collège, il interrogeait à l’oral du BEPC. Je me souviens qu’un des candidats ignorait le mot « sierra » !

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur MASSOT

 

 

 

Massot latin

 

 

 

L’Homme

Un homme plutôt petit, à moitié chauve, alors qu’il était dans la force de l’âge, un grand front, signe d’intelligence, dit-on, une voix de stentor, de camelot avait écrit sur un bout de papier le fils B., papier subtilisé par notre Massot qui l’avait évidemment mal pris.

Un homme dépourvu de toute espèce de timidité, sinon de retenue. Il avait le tutoiement facile, abordait les élèves dans les rues (contra : Faivre), racontait sa vie chez le coiffeur Arnaud au risque d’ennuyer les autres clients, trônait à la tribune de l’Odéon pour animer avec la plus grande aisance les débats du ciné-club (contra : Fontvieille).

Un natif de Montpellier et ayant fait, Dieu sait pourquoi, ses études à Avignon.

Avec ça, pas la moindre trace d’accent occitan. Il avait même critiqué la récitation d’un élève (Ponton) en disant « D’accord, l’accent du Midi est piquant mais non, le français se prononce à la française ! »

Pas sportif. Il avait été engagé dans l’équipe de basket (ou de hand ?) des professeurs de Privas qui affrontait au Stade Rascle les professeurs d’Aubenas. Il fallait faire nombre mais seuls Crouzet et Roux jouaient vraiment et Privas a pris une piquette. Notre Germain (M) se tenait dans un coin et, quand il en avait marre, il subtilisait le ballon, en toute illégalité !

Je ne dirai rien de ses mœurs car je n’ai eu que des témoignages indirects. Ses ennuis auraient éclaté quand il était principal (à St.Marcellin ?). L’ancienne élève du Bahut qui m’a appris ça, aurait elle-même « mal tourné » (autre témoignage indirect)…

Ses opinions politiques ? Il avait la réputation d’être un homme de gauche, sans doute votait-il communiste. A mon sens, c’était en réalité un homme de droite. Cf. les périodes de « dressage » dont je parlerai plus bas et deux réflexions entre autres pour le moins curieuses « Préféreriez-vous être Blanc ou Noir ? Pour moi, c’est Blanc ! » et « Tout de même, la vie antique avait des douceurs : l’esclavage par exemple ». Comme on rétorquait : « Peut-être pour les maîtres, pas pour les esclaves ! » on a eu pour réponse « Ouais (son interjection favorite)…chez les Romains, trop souvent, c’est vrai mais pas chez les Grecs » (et les mines du Laurion ?)

Le professeur : son comportement

Sa volonté, sans doute sincère était de faire copain-copain avec les élèves. Ainsi, il refusait l’estrade, seul professeur dans ce cas, si je ne me trompe. Mais, au moindre incident, les choses changeaient du tout au tout et tant pis si cela lui créait des ennemis pour toujours. On entrait alors dans une période qu’il qualifiait lui-même de « dressage », agrémentée de charmants propos comme « la saison des claques va commencer » (elle n’a jamais commencé !), « tout le monde debout, les bras croisés, jusqu’à ce que je vous demande de vous asseoir », « la nature humaine étant ainsi faite, bientôt, vous me lécheriez dans les mains si je vous le demandais » (il ne nous l’a jamais demandé et la colère se calmait en une semaine)

Amusant : il nous faisait faire des thèmes de circonstance. Je me souviens de l’un d’entre eux (après je ne sais quel incident provoqué par des filles) : « Les jeunes filles polies sont la parure d’une classe ; impolies, elles sont la source des pires désordres! »

 

Outre cette attitude cyclothymique, il faut bien dire que Massot avait ses têtes et il l’avouait ! « Dans la rue, bien sûr que je salue tous mes élèves mais j’ai évidemment plus de plaisir à rencontrer X que d’Abrigeon ! » Il m’était parfaitement indifférent de ne pas être un « chouchou », peut-être cela valait mieux, vu ce qu’on a appris par la suite sur ses mœurs, mais je trouvais son aveu un peu naïf, non ? Mais, j’y pense, était-ce pour ce rattraper ? Je passe au tableau pour une récitation. Je bute sur un mot très légèrement certes mais enfin ma prestation ne pouvait pas être considérée comme parfaite. Ma note ? 20 sur 20 ! Protestation générale, moi je ne pipe mot mais j’éprouve quelque honte (comme le footballeur Thierry Henry et sa main). Rien n’y fait : note maintenue ! Tout cela fait un peu folklorique, non ?

Dans la même veine, il avait décrété que Vincent déjà nommé « avait une vie intérieure intense ». Cela me faisait rire, peut-être parce que j’avais une âme de brute, ne pouvant accéder à ces hauteurs (en l’occurrence ces profondeurs)

Massot n’a jamais toléré le surnom attribué quelques années avant nous, « Bicu » Origine : dans ses observations sur les devoirs un « e » mal fermé et un « n » ressemblant à un « u » et « bien » devenait « bicu »)

Je crois même que, des années avant 49, un inconscient avait essayé de lui coller un poisson d’avril dans le dos. Il n’avait pas trouvé ça drôle du tout !

Le professeur de français : son enseignement

Nous l’avions donc en 6ème et en 3ème où il était « professeur principal. »

Je le dis comme je le pense, ses cours n’étaient pas faits pour nous faire aimer la langue. Au lieu des « exercices d’admiration » chers à Cioran, il faisait beaucoup de grimaces devant nos grands auteurs. Ainsi :

« La tragédie classique ? Observez son artifice : on parle d’un personnage et voilà qu’il se pointe !»

« Molière ? Beaucoup trop de farces à oublier »

« Victor Hugo ? N’oubliez pas le « V.Hugo hélas ! » de Gide »

Tout de même, il avait quelques favoris : Vigny dont il citait par cœur la profession d’athéisme de la « Mort du loup » et l’aristocratisme de « Cinq Mars » (quand je disais que c’était un homme de gauche problématique…). Il admirait aussi Montherlant (espérons que ce n’était pas pour ses mœurs !) en nous disant « Eh oui, il faut se rendre compte qu’après un demi-siècle le 20ème existe en littérature ». Fichtre, un siècle enterré maintenant depuis 16 ans !

On avait droit aussi, en général en fin de trimestre, à des lectures. Massot lisait très bien. Je me souviens de la découverte (pour lui et pour nous) de « On purge Bébé ». Comme quoi, il ne détestait pas toutes les farces.

Il y avait un lecteur professionnel (Collet ? Coulet) qui se produisait à l’Odéon. Massot nous dissuadait d’y aller !

Le professeur de latin : son enseignement

Un dada : la prononciation dite « restituée », seul parmi les profs de latin à la pratiquer. Ainsi Cicero se prononçait « Kikéro », historiae « istori a e ». Il ironisait sue ceux qui allaient à la messe et avaient adopté la prononciation fautive de l’Eglise. Pas grand succès. Avec les autres profs de latin, on oubliait la leçon.

Pas de leçon de scansion des vers, il faudra attendre Domeizel pour ça.

Massot était bon latiniste mais moins bon que Domeizel. On a pu passer le BEPC sans encombre.

Le professeur de grec : son enseignement

Plus de témoin vivant à part moi ! Massot est mort et ma seule camarade de classe, Michèle Lantheaume aussi.

Bon professeur même si je déplorais encore un dada : l’accentuation grecque. On devait acheter un manuel entièrement consacré à ce casse-tête. Mais pourquoi donc, on ne faisait pratiquement jamais de thème ? Je note que les Grecs d’aujourd’hui se sont débarrassés de l’esprit grave, de l’esprit aigu, de l’accent circonflexe et de l’accent grave. Seul l’esprit aigu a survécu à ce massacre de salut public.

En tout cas, c’était pratiquement des leçons particulières qu’on suivait. Il aurait fallu être bouché pour ne rien apprendre. C’est comme ça que j’étais bien plus fort en grec qu’en latin.

 

 

 

 

 

 

 

 

Madame ANDRIOT épouse BAILLE

 

 

 

 

La femme

Oui, la demoiselle Andriot que nous avons découverte en classe de 4ème s’est mariée avec le médecin scolaire Cyr Baille en même temps qu’elle montrait une grossesse avancée…

Une très jeune et assez jolie professeure venue de Bourgogne qui avait un accent pointu.

Une personne plutôt timide. Elle avait fait le discours de distribution des prix (sujet : plaidoyer pour l’enseignement du grec) et ses feuilles, portées par ses mains bien sûr, tremblaient.

La professeure

En latin et en grec, pas grand-chose à signaler. Pas très jojo la pièce grecque d’Euripide qui a été notre lot : Alceste. Quelques pièces du théâtre grec sont reprises de nos jours, surtout celles de Sophocle, Alceste (une femme, pas le Misanthrope !) jamais.

En français, personne ne chahutait mais il était tacitement autorisé de bavarder. Je me souviens avoir discuté une heure durant avec Jean-Marie Gibbal sur les hommes de Vichy.

En 4ème, on faisait encore des dictées. Or, Baille avait une prononciation que je n’ai rencontrée chez personne d’autre : les e muets en fin de mot ne l’étaient pas vraiment « l’orange que j’ai pelé eu ». Résultat : je n’ai pas appris la règle de l’accord des participes, difficile pour tout le monde mais le pire est de croire n’avoir rirn à l’apprendre !

Encore une admiratrice de Montherlant. Elle ne nous faisait pas étudier « La reine morte » à l’égal d’une pièce de Racine ou de Molière mais elle nous l’a lue en entier dans un cours. Pour une fois, elle a grondé des élèves qui n’écoutaient pas ce « chef-d’œuvre »

Je crois bien qu’il y a plus de 10 ans que la pièce n’a pas été représentée à Paris !

 

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur DOMEIZEL dit Miloche

 

 

 

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Et on termine par le meilleur, à mon avis. Tant pis pour ceux qui n’ont pas su l’apprécier.

 

L’homme

 

Assurément, il n’était pas impressionnant. Petit, un peu enveloppé, une moustache qui signait le bon paysan de la Lozère.

Un homme qui nous disait ne jamais avoir été malade et prévoyait de vivre jusqu’à …104 ans. Le pauvre, je crois bien que sa retraite a été courte.Do 1

Un bon accent occitan et une discrète connaissance de la langue. De temps en temps, il se forçait à prendre le « bon accent  franchimand » en lisant des classiques mais ce n’était que moyennement convaincant.

Un homme qui était malheureux en ménage. Sa femme faisait penser à Elise Jouhandeau.Do 2  Do 3

             Professeur de pêche                                                    Dirigeant la mise à l'eau d'alevins à Verdus

 

 

 

 

Sa fille unique ne lui donnait pas plus de satisfaction. Après 3 échecs au Baccalauréat, il a fallu un complot des autres professeurs pour qu’elle puisse enfin décrocher la peau d’âne (avec mention s’il vous plaît).

Un brave homme qui ne se fâchait jamais ou pas longtemps. Un beau jour, il a vu écrit au tableau « Domeizel est un c… » Il a appelé Roux qui avait succédé à Royer comme surveillant général. « Constatez. Eh bien, je demande que ce ne soit pas effacé au moins aujourd’hui. On trouvera ou non le coupable ». Bien entendu, on ne l’a pas trouvé.

Une autre fois, une certaine Madame Zimmerman (une bouillante juive roumain, mère d’un élève surdoué que nous surnommions Zabo) avait fait un scandale dans Privas en disant pis que pendre des professeurs, notamment de Bastian et de Domeizel. Bastian l’a très mal pris, Domeizel n’a pas réagi.

 

Do 4  Do 5

 

Derriere l'urne à une élection                   Avec messieurs Bastian et Billet écoutant le garde champêtre

 

 

Le professeur de français

 

Eh oui, c’est dans cette matière que les propos assassins de la mère Zimmermann pouvaient avoir un début de vérité. Domeizel était cultivé, il le montrait mais il n’avait plus envie de travailler ! D’une année à l’autre, les mêmes lectures nous étaient imposées, alors que précisément elles ne s’imposaient pas, comme « Le Mondain » de Voltaire. Des compositions ? ll fallait les corriger (et les corrections étaient faites très consciencieusement). Alors, ceux qui voulaient ne pas faire de devoirs, n’avaient pas besoin de protester, ils n’en avaient pas. Un élève a réussi à en faire seulement 3. Martial Chabanel, ma sœur et moi on est arrivés au nombre fabuleux de 13 !

Allons, cela ne nous a pas empêchés de décrocher le bac ! Et Domeizel nous a fait connaître le délicieux François Fabié, poète rouergat.

 

Le professeur de latin

 

Alors là, vade retro Zimmermann ! Domeizel était un excellent latiniste et un excellent professeur. Jouant au modeste, il nous disait « Le latin, ce n’est pas fait pour les intelligents, j’en suis la preuve ! » Eh bien, on n’était pas d’accord. Aucun bon latiniste chez nous tous. Domeizel a eu la malencontreuse idée d’inscrire 4 d’entre nous aux épreuves du concours général, Annie Debrus, ma sœur, moi et, je crois, Martial Chabanel. Evidemment, on s’est tous plantés, à la mauvaise surprise de notre maître. Il  nous a fait traduire le texte en cours et il a trouvé que ce n’était pas difficile !

Je me souviens d’une version très particulière sur un texte parlant du métro parisien. On ne risquait pas d’avoir ça au Bac mais pourquoi pas.

Un dernier mot sur le système original de notation qu’il a appliqué en fin d’année, les bonifications. Il nous disait, « on sanctionne toutes les fautes commises mais ne faut-il pas récompenser les fautes évitées, évidemment seulement sur les vraies difficultés » On a objecté « Mais enfin, on va pouvoir récolter un 20/20 avec des fautes » Eh bien oui et ma sœur a inauguré le système. Un 20/20 décerné solennellement, (pour la première et dernière fois). Quelle n’a pas été ma surprise d’apprendre il y a 2 ou 3 ans que le Ministère de l’Education (sous la direction de l’étoile filante Benoît Hamon) étudiait l’introduction d’un système tout à fait semblable. Il faut croire que les essais n’ont pas été faits ou ont été jugés peu concluants. On n’en parle plus. 

 

Le professeur de grec

 

Mêmes observations, Domeizel était un excellent hélléniste. On a traduit « L’apologie de Socrate ».

Tout de même, un dada remplace un autre. Pas l’accentuation comme chez Massot, mais la scansion des vers. Ah, les dactyles et les spondées et autres trochées  et anapestes ! Pour une fois ma camarade Michèle Lantheaume, était beaucoup plus forte que moi. Quand quelque chose m’ennuie, mon esprit résiste, quoi que je veuille. Mais enfin, j’étais sûr que les vers étaient justes, pourquoi nous demander de vérifier  leur exactitude ? (humour…)

Au Bac, tout s’est bien passé, même si en propédeutique, j’ai dû me remettre dans le bain.

 

 

 

 

 

                                                                                                                     

 

Un prof du Bahut peu oubliable

 

Monsieur Fontvieille dit « Fonfon » 

 

 

Fontvielle

 

 

 

 

                  

 

Ah « Fonfon » ! Un surnom sans beaucoup d’imagination et ne convenant finalement pas trop au personnage qui savait garder ses distances. Mais bon…

J’ai vraiment beaucoup de souvenirs sur lui. Quelques-uns sont certainement partagés par les adhérents de l’Amicale des anciens élèves des écoles de Privas qui ont connu ce prof. D’autres me sont propres.

Pourquoi tant de souvenirs ? D’abord parce que j’étais passionné par au moins l’une des deux disciplines qu’il enseignait, l’Histoire, et déjà par la politique, l’histoire en train de se faire. Je vous demande de croire que je n’invente rien, même si les jugements que je suis amené à émettre n’engagent que moi.

 

L’HOMME (né en 1903 ou 1904)

Un visage taillé à la serpe, un nez fort et un regard quelque peu impérieux qui ne justifiait guère son surnom. Des gestes maîtrisés qui pouvaient lui permettre de faire la leçon à un de ses élèves, Jean-Marie Gibbal qui nous dépassait tous d’une tête : « Quand on est grand, il faut savoir contenir ses gestes ! »

 

Un homme de grande taille, le plus grand des professeurs. Il était aussi affligé d’un arrière-train surdimensionné…Une anecdote : conduit en voiture par des amis, voici un panneau près d’un pont indiquant « Interdit aux véhicules de plus de x tonnes ». Réflexion à haute voix de sa voisine qu’on pourrait qualifier de « nature » « Mon Dieu, avec le c…de Fonfon, on ne va pas pouvoir passer ! ». Je laisse les témoins toujours vivants nous faire part de la réaction de l’intéressé, sans doute discrète, il valait mieux.

 

Un accent occitan assez prononcé, normal pour un vrai languedocien né en Occitanie et dont le nom adapté en français signifie Vieille fontaine, en occitan Font vielha. Mais c’était surtout le cas dans les conversations privées. Dans ses cours qu’il déclamait, il avait soin de dissimuler plus ou moins ledit accent. Et je pense qu’il ne devait pas connaître la langue, témoin une question posée un jour à Martial Chabanel supposée être un connaisseur de ce qu’on appelait à l’époque le patois : « Comment on traduit Matabiau et Bramabiau ? », les 2 mots étant prononcés à la française –bio et non –biaou.

 

Une élégance quelque peu problématique au contraire de Bastian, le prof d’anglais. On ne le voyait guère changer d’habits, sauf évidemment quand on changeait de saison.

Cela ne l’empêchait pas de se montrer insupporté  par certains accoutrements des élèves J’en ai fait les frais une fois. Mes parents avaient eu l’idée de me faire tailler une veste dans un manteau, sans doute pour une raison d’économie. « Quitte ton manteau ! » « Mais c’est une veste ! » « Non c’est un manteau ! » Imagine-t-on aujourd’hui une censure de short déchiré ou trop court ?

 

Un homme qui pouvait être familier mais seulement en tête à tête. Dans d’autres situations c’était plus problématique…Ainsi,

- Les soirs de bac, une tradition était de se présenter sous la fenêtre des profs « Une chanson, Une chanson ! ». Domeizel apparaissait et disait quelques mots gentils. Fontvieille ? Un seau d’eau jeté par-dessus bord !

- Les séances de ciné-club au Palace. Après le film (qui nous intéressait beaucoup, la télévision n’existant pas à l’époque ou étant balbutiante), un adulte, généralement un prof, était appelé sur la scène pour répondre aux questions des élèves. Massot, en vrai bateleur, était parfaitement à l’aise dans l’exercice. Voilà un jour où on diffuse le « Henry V » de Laurence Olivier. Le directeur de la salle et la foule de jeunes réclament Fontvieille puisqu’il s’agissait d’un film historique. Notre Fonfon se fait prier puis se décide finalement à monter sur l’estrade, raide comme la Justice. Eh bien cela a duré 1 minute « Qu’est-ce que vous avez à dire ? Rien, eh bien je m’en vais ! » Et de redescendre illico…

 

-La cérémonie de distribution des prix, dans la même salle. Un élève avait eu la malencontreuse idée de garder son béret sur la tête au moment de l’arrivée solennelle des profs en toge. Cela n’a pas échappé à Fontvieille qui, sans s’arrêter, a enlevé le béret et l’a fait valser dans le couloir !

 

 

LE PROFESSEUR

 

Son attitude en cours

Surtout s’agissant de l’histoire, il déclamait. Aucun dialogue avec les élèves. Personne ne chahutait, ce qui ne veut pas dire que tout le monde écoutait. Donc, il n’avait pas à gueuler, au contraire de Cayré et de Domeizel (quand il entendait à travers les cloisons ses collègues hausser la voix il disait « Qu’est-ce qui lui prend ? Il a bouffé du lion ? ». Tout de même, il n’appréciait pas les flirts même discrets « Vous voulez un plumard ? »(citation authentique)

Je ne peux pas passer sous silence une des rares grandes colères de Fontvieille En classe de 1ère, il nous avait annoncé qu’on aurait une interrogation écrite prochainement. Notre camarade Gibbal avait fait le curieux et Fontvieille, lassé, avait lâché  « Si vous ne voulez pas venir, ne venez pas ! » Propos pas tombé dans l’oreille de sourds. Le jour venu, on se concerte dans la cour des garçons, les plus hésitants (dont moi) vont voir Fontvieille qui les envoie promener. Finalement tous les garçons boycottent le cours.

Le cours se déroule. On demande après coup aux filles (toutes présentes) quelle question avait été posée. Et elles de nous donner un sujet bidon choisi par Fontvieille. Bidon car de fait il n’y avait pas eu d’interro écrite ! Et au prochain cours, on a eu pour de bon l’interrogation ! Personne, même pas ma sœur, n’avait crache le morceau ! Fontvieille ne nous a pas caché qu’il était très en colère !

 

Les interrogations des élèves

Un malheureux était convoqué pour « passer au tableau ». Je ne dirais pas que c’était un exercice sadique mais enfin on n’était pas ménagé. Je crois bien que je n’ai jamais été interrogé en histoire, même le jour où il y avait un inspecteur, Fontvieille savait que je m’en tirerais trop bien. Mais j’ai été interrogé au moins une fois en géographie (sur les fleuves d’Allemagne du Nord) et ç’a été ma fête ! Le plus mauvais élève a été interrogé sur « la politique extérieure de Napoléon », sujet plus que vaste. Pas un mot n’est sorti de ses lèvres, aucune bouée de sauvetage ne lui a été lancée. Renvoyé à sa place avec un mot méprisant !

 

Une inspection

Une seule ou alors j’ai perdu la mémoire. L’inspecteur était un obèse d’un certain âge et qui avait été son professeur à Toulouse. Quoique dantoniste (et Fontvieille était royaliste !), il avait visiblement une certaine estime pour lui, il le tutoyait et tout s’est bien passé.

 

Le fond de l’enseignement prodigué

Il faut distinguer très fort son enseignement en histoire et son enseignement en géographie.

Contrairement à Cayré, (dit Couétou ou Queue de rat) il était passionné de géographie et très peu d’histoire.

 

Comme géographe, surtout la géographie générale (géologie, climat), il était vraiment bon. Explication de la mousson, du volcanisme, des productions agricoles, il était dans son élément.

Un mauvais point toutefois : il nous a affirmé que la théorie de Wegener (la dérive des continents) était abandonnée. D’où tenait-il ça ? La théorie dont l’aspect des continents fournissait une preuve tangible, (le cap brésilien face au golfe de Guinée) a sans doute été affinée au fil des décennies mais, même dans les années 50, elle était considérée par l’énorme majorité des géographes comme absolument scientifique.

La géographie humaine-les races- était entièrement laissée de côté, alors qu’elle occupait tout un chapitre dans le manuel très républicain de Jean Brunhes (comme les temps changent ! Aujourd’hui, qui prononce le mot race se fait traiter de nazi) « Sachez seulement qu’il y a par ordre d’importance des Blancs, des Jaunes et des Noirs et surtout pas des Rouges qui n’ont jamais existé ! » (Cayré avait ajouté une race « gris cuivré », les Malais et polynésiens…)

 

Comme historien, il cachait mal son ennui. Si on lui avait demandé de n’enseigner que la géographie, il en aurait été ravi. Je me souviens de quelques déclarations (en cours ou en conversation privée) :

-A un élève qui faisait semblant de savoir « Ça, on le sait ou on ne le sait pas ». Vrai, l’interprétation doit venir après la connaissance des faits, ce qui n’est peut-être pas tout à fait le cas dans l’enseignement d’aujourd’hui. Mais on ne doit pas oublier que l’histoire, sans être une science, doit aller au-delà d’un simple récit.

-« Oh l’Histoire, ce n’est qu’un discours propre à chacun ou en tout cas à un peuple, une civilisation. Que veut dire un récit des Croisades si on fait silence sur le point de vue des Musulmans ? » Très bien, voilà un propos progressiste. Mais aurait-il appliqué ces principes s’il avait enseigné le Moyen-Âge, j’en doute. Il n’aurait guère eu le goût de faire des recherches sur ce qu’on ne lui avait pas appris à l’Université de l’époque.

-« On me fait enseigner l’histoire contemporaine alors que c’est le Moyen-âge qui m’intéresse »

Certainement exact car on a dû enregistrer (qui ? En tout cas moi…) quelques erreurs de fait : comme « Les Obrenovitch ont régné en Yougoslavie jusqu’à Tito » (faux : il y a eu un coup d’état dans les 1ères années du 20ème siècle qui a ramené les Karageorgevitch) ou encore « Dans l’ancien régime, il y avait un évêque par province » (Faux : il y en avait plus de 130)

En tout cas, on ne peut pas dire que le cours déclamé était orienté politiquement, malgré l’idéologie de l’homme qui était carrément d’extrême droite, j’y viens. Grâces lui soit rendues !

 

L’IDÉOLOGUE

 

 

Eh oui, cet homme qui avait l’attitude d’un homme du peuple et d’un homme qui se moquait de tout était très profondément ancré à l’extrême-droite. Il faudrait peut-être un psychanalyste pour expliquer cet attachement a priori « tonnant.

Il était d’Action française et militant. Je le sais par mon oncle qui en était aussi. Les royalistes avaient des réunions mensuelles à Privas où ils refaisaient le monde, à peu près aussi réalistes que les trotzkystes

Rien appris, rien oublié après les évènements tout proches de la Deuxième guerre mondiale et le comportement de Maurras que même ses thuriféraires critiquent (Boutang, Giocanti).

Voici quelques propos dont je me souviens, tenus surtout dans les couloirs avec l’ami Gibbal

-« La Liberté avec un grand L, ça ne veut rien dire. J’aurais, moi, la liberté de construire un château ? »

Faivre, qui était de l’autre bord politique, nous avait dit que c’était du gros bon sens. Je veux bien, vive le maurrassisme et le marxisme fraternellement unis ! Mais enfin, l’avancée concrète des libertés ne dépend-elle pas d’une idée générale de la Liberté ?

-« Ce comportement est plutôt démocratique, même si je n’aime pas trop et même pas du tout le mot »

-« Patriote, cela ne veut rien dire, c’est toujours soi-même qu’on qualifie ainsi, les autres étant bien entendu les traîtres. D’ailleurs, on vient de le voir sous l’Occupation ». Ah bon ? Moulin et Darnand, des engagements de même valeur ?

-« Ceux qui pensaient qu’on pouvait ne pas signer l’Armistice en 40 étaient des nigauds. On se serait battu avec des oranges ? » Je ne sais pas quelle a été l’attitude de Fontvieille pendant l’Occupation. Sans doute a-t-il attendu, comme la majorité des Français que les choses passent sans s’engager dans un sens ou dans l’autre. Mais par ces propos il reprenait la justification classique des pétainistes qui a fait long feu. Ceux qui contestaient le choix de l’Armistice n’étaient pas des va-t-en guerre fous. Ils étaient pour la capitulation en métropole et la poursuite des combats avec la Flotte et en Afrique.

-Une haine de l’Angleterre vraiment datée en pleine guerre froide : « Churchill, ce pseudo-historien qui en écrivant sur ses ancêtres a craché sur Louis XIV mais « la bave de l’hippopotame n’atteint pas la blanche colombe »

-« Louis XIV, un roi calomnié ». Ça, c’était en cours. Je me suis permis de lui objecter que le grand roi avait fait une confession publique sur son fauteuil de moribond « J’ai trop aimé la guerre, j’ai trop dépensé pour ma gloire au lieu de me préoccuper du bien-être de mon peuple ». Evidemment, je n’ai pas obtenu de réponse convaincante sinon qu’il fallait être un humble pénitent avant de faire le grand voyage.

-« Les conférences de La Haye pour soi-disant civiliser la Guerre ? Absurde. Je suis d’accord avec Guillaume II qui disait « j’y p…dessus »

Des propos pour le moins choquants de la part d’un chrétien pratiquant. Tout le combat de l’Eglise au Moyen-âge a précisément été de contenir la guerre (la Paix de Dieu, la Trêve de Dieu…), même si cela n’était valable qu’entre Chrétiens.

 

J’arrête là. D’ailleurs, il n’y a pas d’autre souvenir qui me viennent à la mémoire. Mes lecteurs verront en tout cas que Fonfon n’a pas fait de moi un disciple (le voulait-il d’ailleurs ?), je suis resté un centriste de gauche, ce qui n’est pas une position aussi facile qu’on dit. On est obligé de dire qu’on déteste tous les extrémismes de droite comme de gauche et leurs représentants patentés ne vous envoient pas dire qu’on est des incohérents.

Je souhaiterais que mon (trop ?) long texte provoque des réactions. Ecrivez sur le Livre d’or, c’est fait pour ça. Vous complétez mon propos ou vous démontrez que mon jugement est contestable, peu importe, je suis intéressé.

 

Francis d’ABRIGEON, né à Aubenas et parisien depuis 1962

Elève de R.Fontvieille d’octobre 1953 (entrée en classe de 2ème) à juin 1956 (fin de la classe de Philo)

 

 

 

 

 

Addendum à ma note (Francis d’Abrigeon) sur Fontvieille

 

  

Une correction

 

L’ami Martial Chabanel qui a lu mon texte m’apprend que j’ai fait une erreur en affirmant que la communauté des géologues acceptait l’hypothèse de Wegener sur la dérive des continents et que donc, contrairement à ce que j’ai écrit, Fontvieille pouvait affirmer que la théorie était abandonnée. Je cite Martial :

« A l’époque où nous apprenions la géographie (1949-1956), la grande majorité des géologues ne pouvaient pas imaginer que la couche terrestre rigide (SIAL) fût absente sous les océans dont le mince plancher qui repose sur SIMA plus fluide, est fragile.

La preuve est venue au début des années 60 avec l’analyse des roches sous-marines de part et d’autre de la dorsale atlantique (Islande, Açores, Ascension, Sainte Hélène, Tristan da Cunha). On y a retrouvé de façon symétrique dans les roches volcaniques le souvenir des inversions des pôles magnétiques qui se produisent de façon aléatoire tous les quelque dizaines de milliers d’années. C’était la preuve que cette dorsale était une fissure (rift) qui s’écartait lentement (2cm/an) tout en se refermant au fur et à mesure (volcanisme sous-marin).

Wegener avait donné suffisamment d’éléments pour rendre sa théorie indubitable (roches, fossiles) mais il n’a pas cherché à la défendre autant qu’il aurait pu. En tout cas, la communauté des géologues a eu un comportement honteux en rejetant pratiquement sans examen ladite théorie » 

Dont acte, merci l’homme de science !

 

 

 

Quelques ajouts sur de tout autres points

 

 

-Dans la partie « L’homme »

J’ai oublié de mentionner le nœud papillon dont il ne se débarrassait qu’avec les grosses chaleurs. En tout cas, jamais de cravate nouée !

 

Dans la partie « Le professeur »

-Au cours de l’inspection, il avait eu le malheur de citer l’historien Lenôtre. Réaction immédiate de l’inspecteur : « Lenôtre égale zéro ! ». Evidemment pas de relance de la part de notre Fonfon. Et les élèves de garder pour eux la schadenfreude (joie maligne) de voir le maître humilié !

-Il avait une attitude de puriste au sujet de la langue. Par exemple, « Ne dites jamais « conséquent » au lieu d’important. » Mais ça c’était pour les cours déclamés. En dehors, c’était un français relâché ou même de l’argot.

- Un jour de composition, on a vu notre Fonfon s’occuper à déchirer des cartes murales. On l’a regardé bizarrement. Et lui de dire tout fort « C’est le seul moyen d’avoir des cartes neuves ! »

 

Dans la partie « L’idéologue »

-J’avais oublié de rapporter un autre propos d’escalier de Fontvieille. S’agissant de je ne sais quel événement il nous dit « Oui, c’est sans doute plus démocratique, même si l’adjectif ne me plaît pas beaucoup et même pas du tout » Quel professeur parlerait comme ça aujourd’hui ?

-Au moins, il n’était pas pour les soi-disant frontières naturelles. Quand on a appris les résultats du referendum sarrois qui disait non à l’autonomie, il nous a dit « Mais enfin, ce sont des Allemands ! »

  

Ici s’achèvent mes souvenirs. Un exercice de mémoire de la part d’un vieillard ? Certes. J’ose espérer cependant que les lecteurs du site auront pu être intéressés par quelques passages Je n’ai pas le tempérament nostalgique mais cela m’amuse de faire revivre de lointains souvenirs, « comme si c’était aujourd’hui » J’ai même des souvenirs plus lointains, mais qui ne concernent que moi : sur l’Occupation et la Libération (j’avais entre 3 et 5 ans !)

 

 

  

 

                                                      

 

 

 

 

 

 

 

 

                    A Francis d'Abrigeon du Bahut ...

 

                                     

 

 

Dabrigeon

 

 

Photo prise lors de la journée du Cercle des Elèves et Professeurs retrouvés à Antraigues sur Volane en Mai 2009        

 

 

                    

                

                                                                     et du Félibrige à Paris

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                            L'hymne occitan " SE CANTA "   CLIC!!! 

 

 

                                       La classe de Sixième 1950

 

 

                 Francis d 6

                                                                  Collection Francis d'Abrigeon 2016

 

 

                                       LE FELIBRIGE
 

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                                                  La classe de Cinquième 1951

                                  

Francis 5 b

Collection Francis d'Abrigeon 2016
 

 

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                                                               CLIC !!!

 

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                                                      La classe de Quatrième 1952

 

Francis 4

Collection Francis d'Abrigeon 2016

                               Pour une raison exceptionnelle sûrement Francis n'est pas sur la photo


 

                           Lou seriol en concert

 

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                                                                                          CLIC !!!

 

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                                                          La classe de Seconde 1954

 

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Photo Collection Francis d'Abrigeon 2016

 

                         Lou Seriol en concert 

 

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                                                                                            CLIC !!!

                      

 

                                        " Prenen sis alo a l'iroundello

                                          Souvènt a l'aubo tôuti d'aut

                                          E la Prouvènco eil amoundant

                                          S'envoulara dins lis estello "

 

                                       " Prenons ses ailes à l'hirondelle

                                         Souvent à l'aube tous debouts

                                         Et la Provence au bout du ciel

                                         S'envolera dans les étoiles "

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

                      La classe de Première 1955

                      

                                          

Francis premiere oui 1

 Collection Francis d'Abrigeon 2016
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                              La classe des Terminales 1956

 

      Francis terminales

  Photo Collection Francis d'Abrigeon 2016

                                                Souvenirs d'enfanceImage associée

 

 

 

 

                                                                                                      

LA GUERRE À 5 ANS

 

 

 

Pascal Jardin, le père d’Alexandre, gentil écrivain qui se prend de temps en temps pour un dynamiteur de la Politique, a publié il y maintenant une trentaine d’années un livre qui a eu un succès mérité : « La guerre à 9 ans ». Le regard d’un enfant sur son père, directeur de cabinet de Pierre Laval à Vichy (42-44) avec les improbables personnages qui fréquentaient son bureau (Robert Aron par exemple).

 

Cela m’a donné l’idée de rassembler mes souvenirs sur cette même période. Né le 2 juillet 1939, je n’avais que 5 ans en 1944 et, à Aubenas, je ne fréquentais évidemment aucun cabinet ministériel ni même préfectoral ou municipal. Tout de même, 70 ans après, j’ai des souvenirs, même mineurs. Je suis sûr que né 5 ans après, je n’aurais aucun souvenir politique de mes 5 ans. D’ailleurs, les années 46 à 54 (au moins) sont un trou mémoriel pour moi, s’agissant de la politique. La Guerre chez nous, est naturellement un évènement autrement marquant que les crises ministérielles de la 4ème République et une guerre lointaine, celle d’Indochine. Je serais intéressé d’avoir d’autres témoignages pourquoi pas sur ce site, de personnes de mon âge, à quelques années près.

En tout cas, je le jure je n’invente rien du tout. Il ne s’agit pas de rapporter des choses qu’on m’a racontées. Non, il s’agit de ce que j’ai vu, de mes yeux vus, de mes oreilles entendu.

 

 

 

L’OCCUPATION ALLEMANDE

 

Les Allemands sont arrivés, comme dans toute la zone Sud en novembre 42 et partis, au moins d’Aubenas et sa région, en septembre 44. Mes premiers souvenirs sont-ils de 43 ou de 44, je ne sais.

 

 

Une section de la Wehrmacht à l’exercice

 

Les Allemands avaient réquisitionné le couvent des sœurs de Saint Régis

Résultat de recherche d'images pour "COUVENT DES SOEURS SAINT REGIS à AUBENAS"(une partie seulement, les sœurs n’avaient pas été expulsées). Ce couvent, rue des Blaches, actuelle rue Docteur Louis Pargoire, faisait face à ma maison. Je me souviens très bien d’avoir assisté, en prenant mon biberon, à l’exercice de la troupe. Un jour, un troufion avait dû faire une bêtise. Il y a eu un éclat de rire du sergent, suivi d’un rire servile de la troupe. J’entendais les propos du sergent (ou sous-officier) dont je ne comprenais évidemment pas un mot. J’étais étonné bien sûr mais je ne demandais pas grande explication à mes parents qui se contentaient de me dire « C’est la guerre ». Mais qu’aurais-je compris d’autre ?

 

 

Une présence allemande à domicile

 

Eh oui, nous étions occupés, vraiment occupés ! Comme il ne fallait pas qu’il arrive malheur aux troupes allemandes stationnées au couvent, on nous avait gratifiés d’une sentinelle devant la porte donnant sur la rue et d’un soldat logeant dans la maison au bout du jardin occupée par ma grand-mère. Tout acte hostile de notre part aurait été évidemment suicidaire ! De là à « collaborer », vraiment pas, sauf que mon père qui avait appris un peu d’allemand comme occupant en Rhénanie (1919) devait échanger quelques mots avec la sentinelle. Pas d’ennui à la Libération, au contraire de mon oncle qui hébergeait le capitaine. On ne lui avait évidemment pas demandé son avis mais il est possible que les relations entre deux officiers de la première guerre (l’allemand se disant par ailleurs anti-nazi) étaient peut-être un peu trop amicales. Souvenir très imprécis de notre hôte à nous. Il me semble l’avoir vu jouer avec ma sœur jumelle.

 

 

Une fâcheuse rencontre à la fin de l’Occupation

 

Ce devait être, c’était certainement en septembre 1944. La smala familiale ou en tout cas une bonne partie d’entre elle circulait en fourgonnette dans la vallée du Rhône sur la Nationale 86 ou la 7. Mon frère aîné (19 ans) conduisait. Voilà-t-il pas qu’on rencontre une petite troupe de soldats allemands à pied.Résultat de recherche d'images pour "PHOTO ECOLE ANNEXE DE LA RECLUSE à PRIVAS" Ils nous hèlent et on s’arrête. Ils nous demandent de les prendre à bord. Mon frère leur explique sans se démonter qu’on ne va pas du tout dans la direction qu’ils désirent (le Nord) mais à l’Est. Ah bon ? Ils n’insistent pas et mon frère de tourner à gauche, pour revenir vite dans la direction Nord qui était bien la nôtre. Trop vite ! Revoilà les mêmes soldats allemands qui nous arrêtent de nouveau et nous imposent de les prendre et les conduire jusqu’à leur destination heureusement pas trop lointaine. On s’est serrés comme des anchois, assis par terre ou sur des petits bancs (à l’époque, il n’y avait pas de ceinture !) Arrivés, leur chef nous dit « Merci, mais ça valait mieux pour vous… »

 

LA LIBĖRATION

 

Pétain-de Gaulle

 

Evidemment, à 5 ans, les préoccupations politiques sont bien absentes. Cela étant, j’avais entendu parler de Pétain et pas de de Gaulle, ne serait-ce que parce que la signature du maréchal figurait (à côté de celle de l’amiral PlatonRésultat de recherche d'images pour "amiral platon", le super-collabo ministre de la famille) en bas d’un diplôme honorant notre famille nombreuse. Ce diplôme était affiché dans la salle à manger. A la Libération, il a été transféré au grenier ! Je demande pourquoi et on me répond « Maintenant, c’est de Gaulle » Ah bon ?  « Mais oui, les chefs d’Etat changent, avant Pétain, c’était Lebrun. » Curiosité satisfaite, la conversation s’est arrêtée là.

 

La répression

 

J’ai lu dans l’excellent ouvrage de Bernadette Vergez-Chaignon Résultat de recherche d'images pour "benedicte vergez chaignon"« Histoire de l’Epuration » paru en 2010 que l’Ardèche avait été, en proportion de sa population le département où il y avait eu le plus de condamnés. Etait-ce le département où il y avait eu le plus de traîtres ? Ce n’est pas sûr. Qu’en a vu un enfant de 5 ans ? Mon seul souvenir : ma mère me disant « on ne va pas au Champ de Mars (tout près de la maison), on fusille ou on pend » (peut-être s’agissait-il seulement d’un jugement sommaire ?). Et aussi des affiches dénonçant « le traitre Sinon » qui a été fusillé, après avoir été, paraît-il, torturé.

 

La sirène

 

Un son sinistre qui ne peut pas être oublié. On me disait que ça annonçait des bombardements qui, heureusement n’ont jamais eu lieu à Aubenas même. On ne sortait pas mais on ne se cachait pas non plus.

 

L’arrivée des Américains

 

Souvenir banal au possible : le don (découverte !) des chewing-gums (des cigarettes pour les grands). Et aussi, ma sœur jumelle qu’un soldat américain prend dans ses bras. De l’Allemand à l’Américain : une vraie petite duchesse de Gerolstein (« J’aime les militaires ! J’aime les militaires ! »)

 

Les prisonniers allemands

 

Le grand jour de la Libération, des camions remplis de prisonniers allemands entrent dans la ville sous un concert de sifflets. Je me souviens n’avoir pas trop apprécié. Maltraiter des gens à terre n’a rien de glorieux, quelle que soit la responsabilité des individus concernés. Je pense la même chose pour les criminels de droit commun ou terroristes quand, reconnus dans leur fourgon cellulaire, ils subissent les huées de la populace.

 

Les troupes d’Outre-mer

 

Un autre jour, on va voir des soldats africains qui bivouaquaient à Aubenas. Encore plus regrettable, je vois et j’entends des indigènes albenassiens se moquer de ceux qu’on appelait les indigènes tout court, quand on ne leur donnait pas des noms insultants. On rigole de leur dégaine ou de leur accent, au lieu de les féliciter de risquer leur vie pour une cause qui n’était pas la leurRésultat de recherche d'images pour "tirailleurs sénégalais". Franchement, déjà viscéralement anti raciste, j’avais honte.

 

Une réunion électorale

 

Mes parents (ou plutôt ma tante qui s’occupait de moi) m’avaient emmené à un meeting du MRP

 

 

, Résultat de recherche d'images pour "MOUVEMENT REPUBLICAIN POPULAIRE"ce parti que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître. Le parti le moins à gauche du tripartisme régnant mais pas à droite non plus (ce qu’il deviendra avec Bidault Résultat de recherche d'images pour "bidault"dans les années cinquante). Drôle d’idée de spectacle pour un gamin de 6 ans mais on était en plein air et il faisait beau.

Souvenir inoubliable : je faisais tous les efforts du monde pour comprendre les propos de l’orateur, un homme très éloquent qui parlait un français châtié, sans accent. Eh bien non, je n’arrivais pas à comprendre, il m’aurait fallu une traduction ! Cela me fait penser aux discours en anglais que j’entends aujourd’hui : je comprends un peu et puis des mots m’échappent, je shunte et quelquefois je perds pied.

 

 

 

Vincent Auriol 1er président de la 4ème République

 

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Mon dernier souvenir politique (avant le gouvernement Mendès-France en 1954).       

                   Résultat de recherche d'images pour "mendes france"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mes voyages

 

             

        extraordinaires !!!

 

 

                                                                                                                                                    

 

 

 

 

 

 

Résultat de recherche d'images pour "le tour du monde en 80 jours film"

 

 

 

 Texte Francis Dabrigeon

 

 Réalisation et choix des photos : Jean - Paul Perrier  

 

 

 

 

 

                 Souvenirs épars d'un

 

                                                                        Sac 2

 

                                                                            

 

 

 

 

 

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EN GUISE D’INTRODUCTION…

 

 

 

Oh non ! Pas de « mémoires », même limités à des voyages. Je n’ai pas cette prétention. Mais des souvenirs tout à fait personnels couvrant plus de 30 ans de tourisme. Je vous propose, mes anciens camarades de collège, de les partager. Je les estime plutôt piquants mais c’est à vous d’en juger. Vous me lirez, un peu, beaucoup ou pas du tout….

 

 

-                                              UNE FORME DE TOURISME PAS SI USUELLE QUE ÇA

 

Eh oui, de 1976 à 2014, j’ai été un « routard », terme créé ou en tout cas popularisé par le Guide du même nom. C‘est à dire que je découvrais les pays les plus divers de par le monde en organisant moi-même mon voyage, aidé seulement de guides touristiques papier, en circulant seul aussi (sans sac à dos d’ailleurs mais avec un chariot où poser ma lourde valise). Pas moins de 54 pays, certains vus plusieurs fois, notamment les très grands comme les USA

 

Col 1

 

 

 

 

   et l'Inde

 

               Col 2

 

 

 

mais aussi les pays adorés comme la Grèce

 

 

 

 Col 4

 

 

 

et l'Italie

 

 

 

Col 5.

 

 

 

-POURQUOI AVOIR CHOISI CETTE FAÇON DE VOYAGER

 

 

    Raison sans doute essentielle : le coût !

  

Si je voulais ne faire qu’un voyage par an, pas de problème ! À moi l’insouciance, les hôtels 3 étoiles et les pullmans ! Mais je voulais faire au moins 2 voyages, quelquefois trois. L’Ardèche et la famille ? Seulement 2 ou 3 jours à Noël et à Pâques !

N’ayant que très peu d’exigences de confort, je pouvais sans problème prendre les trains surpeuplés et les bus brinquebalants du Tiers-Monde qui avaient l’avantage d’aller à peu près partout pour un prix dérisoire. Je pouvais aussi coucher dans des hôtels que ma sœur qualifiait de « bouges » mais qui étaient, plus exactement, modestes.

 

Deuxième raison : ne pas poursuivre des expériences de groupe peu concluantes.

 

J’avais commencé par des voyages en groupe bien décevants. Ce n’est pas que je me prenais pour un intellectuel mais à tout le moins, j’avais décidé de voyager pour satisfaire des curiosités. Ma passion au Collège était l’histoire-géo. Le voyage n’était-il pas le meilleur moyen de vérifier et accroître mes connaissances ? Je me suis vite aperçu que la bouffe (dans les cars, le refrain : « Quand est-ce qu’on mange ? »), la plage et les achats de souvenirs étaient les préoccupations dominantes, sinon les seules du groupe. Bien sûr je pouvais me joindre à des groupes culturels comme « Clio ». Encore une fois, un voyage par an ça pouvait aller mais 2 ou 3, non, c’était trop cher.

 

Troisième raison : satisfaire mon amour-propre, en démentant les annonces de mauvais augure

 

Mes parents, des sédentaires comme on n’en fait plus, me disaient : « Mais tu n’as même pas fait de scoutisme, tu es distrait plus souvent qu’à ton tour, tu vas te perdre, tu ne pourras pas te faire comprendre, tu vas devoir coucher dans la rue faute de trouver à te loger, tu risques d’attraper de sales maladies ou d’avoir des accidents et, peut-être tu te feras agresser ou au moins voler ! ». Je répondais : « Merci de ces mises en garde, vraiment vous n’en avez oublié aucune. Mais je ne suis plus un enfant, je relève le défi ! »

 

De fait, je m’en suis sorti sans trop de casse. Oh ! J’étais moins culotté que l’intrépide Antoine de Maximy de l’émission télé « J’irai coucher chez vous », ou d’autres routards rencontrés au fil des routes. Ainsi un quinquagénaire qui me disait être parti à la découverte de Sulawesi (Indonésie) coupe-coupe au poing ou une fille qui me disait vouloir expérimenter toutes les drogues et avoir assez de volonté pour ne pas devenir une junkie (je lui ai souhaité bonne chance). Mais j’ai fait tout de même pas mal de choses.

 

 

 

1 - COMMENT, TOUT COMPTES FAITS,

JE ME SUIS PAS MAL DÉBROUILLÉ

 

 

                                                                                                                             SE PERDRE ?    

 

 

 

A Venise, Camion 4bien sûr, comme tout le monde, je me suis perdu 3 ou 4 fois par jour. Mais avec un plan, on se retrouve aussi vite qu’on s’est égaré.

 

 

En Corée,

 

 

Camion 3

 

 

j’ai rebroussé chemin dans la montagne, en voyant des écriteaux écrits seulement en lettres coréennes (elles sont au nombre de 54 et je n’en connaissais aucune). Audacieux mais pas téméraire !

 

 

En Egypte,

 

 Et bien en dehors du Caire , j'abandonnais un taxi en plein désert ( le désert est partout en Egypte ) , comptant bien en trouver

 

 Camion 2

 

 

un autre pour revenir et cela a été le cas.

 

Aux Philippines, je sautais d’un camion chargé d’arbres coupés

 

Camion 1 à un autre pour découvrir les forêts splendides et je n’ai jamais couché à la belle étoile.

 

 

 

-                                                     SE FAIRE COMPRENDRE ?

 

 

Si on est seulement francophone, effectivement il y a problème. Mais, expérience faite, avec un anglais scolaire, un espagnol et un allemand baragouinés, on y arrive. J’ai été fier d’entendre des Espagnols me dire « Comment ça se fait que vous n’ayez pas l’accent français, qui est si laid ? ». J’ai répondu que j’étais occitan et que le r roulé et l’accent tonique sur l’avant-dernière syllabe, je connaissais. En Allemagne, de jeunes hôtesses de l’Office de tourisme de Düsseldorf me parlaient dans leur langue à toute vitesse. J’ai été obligé de leur dire que je ne suivais pas et qu’il valait mieux qu’elles passent au français. « Ah bon ? Je croyais que vous étiez allemand ». Pauvre de moi, mon allemand était basique mais, au contraire du touriste français moyen, je faisais des efforts.

J’ai même essayé de parler grec (je sais seulement lire et prononcer) et portugais, mais ça n’allait pas loin et je passais vite à l’anglais ou à l’espagnol. Les monolingues dans ces deux pays sont rares. Pratiquement tout le monde connaît le français ou l’anglais en Grèce, et le français ou l’espagnol au Portugal.

Pour mon anglais (la seule langue vivante apprise au Collège), aucune félicitation, la prononciation est vraiment trop difficile pour une gorge française mais, mon vocabulaire étant assez étendu, on me comprenait.

Problème en Corée où personne ne parle français et, sauf dans la capitale, bien peu l’anglais. Eh bien, à mon arrivée, de leur propre initiative, des hôtesses m’ont écrit sur une feuille de papier les expressions usuelles (où trouver un bus, où trouver un hôtel, etc…) avec leur traduction en anglais. Comme quoi, on se débrouille toujours.

A Taiwan, très peu de noms de rue inscrits en lettres, seulement en caractères chinois. Je me reportais à mon livre- guide où les noms figuraient dans les     2 écritures. Mais oui, on s’en sort toujours ! 

 

 

 

                                                                                                     TROUVER DES MOYENS DE TRANSPORT ?

 

 

Même dans les années 80, même dans les pays les moins développés, c’était faisable à condition de ne pas se croire en France, évidemment ! Je supportais le pittoresque et, après coup, cela m’amusait. Ainsi,

 

 

 

-                                                                             Transports terrestres

 

 

Rab 15

 

 

 j’ai dû passer une rivière à gué, la valise sur la tête pour trouver de l’autre côté un dromadaire qui m’a conduit à la correspondance de bus.

 

 

-Au Ladakh (Tibet indien),Rab 16 je n’ai pas eu le choix si je voulais voir le paysage magnifique. Pas d’avion mais un bus de la plus haute antiquité, sans aucun autre touriste seulement des Tibétains souffrant du mal des transports avec les conséquences que vous devinez et pas de pause pipi, les enfants se soulageaient dans le bus…

 

-Au Népal,

 

 

Rab 17

 

 

un bus empruntant une route vertigineuse avec heureusement un conducteur habile s’y prenant de temps en temps     à 2 fois pour négocier les virages. Et puis, décontracté dans la plaine, se faisant buter par un autre bus. Pas de personne blessée et le bus, cabossé, a pu repartir.

 

-Au Vietnam,

 

un 4X4 qui a fait 100 kms en 4 heures et le train Saïgon-Hué

 

Rab 20 qui n’avait pas été modernisé depuis le protectorat français (on ne peut pas se consacrer à la guerre pendant 30 ans et se préoccuper du déplacement des civils). Cela laissait plus que le temps d’admirer le paysage, au demeurant fort beau.

 

 

 

-A Madagascar

 

un monorail, lui aussi héritage de la colonisation, avec des fauteuils en osier même pas fixés au sol ! Mais, vu l’allure du train, on ne risquait pas grand-chose.

 

 

Et dans les villes le pousse-pousse tiré à bras d’hommes.

 

 

Rab 21

 

Je n’aimais pas trop mais impossible d’y échapper (pas d’automobiles-taxis).

 

 

 -A Calcutta (Inde),

 

 

je posais ma valise dans le pousse-pousse

 

Rab 22 et je marchais à

 

côté. 2 ans après, ces véhicules avaient disparu.

 

 

-En Thaïlande, un train qui ne s’arrêtait pas à l’endroit désiré

 

Rab 23mais on me dit « ça va tellement ralentir que vous pouvez descendre en marche! » Ce que j’ai fait sans problème.

 

-En  Corée, mon bus s’est bien arrêté à l’endroit prévu mais en pleine nuit, au clair de lune. Il y avait panne d’électricité. Je tâchais de ne pas trop penser aux films d’épouvante américains dont je suis friand. Aucun vampire n’a surgi et, aidé de ma lampe électrique, j’ai pu trouver l’hôtel sélectionné dans le Guide du Routard.

 

 Je n’ai loué une auto que 2 ou 3 fois. A Chypre, conduite à gauche, il valait mieux ne pas être distrait. J’ai croisé un convoi militaire et, pour ne pas me faire balancer dans le fossé, j’ai préféré me ranger sur le côté.

 

 

 

-                                                                Transports aériens

 

 

 

Mes voyages en avion n’ont pas manqué de pittoresque non plus.

 

-En Haïti

 

Rab 110

 

 

, les Ponts et Chaussées français  avaient arrêté leur travail à mi-chemin et j’ai dû attraper au vol (c’est le cas de le dire) un minuscule avion à hélice de 8 places

Résultat de recherche d'images pour "vieux coucou avion".

 

A la grâce de Dieu ! Je suis arrivé à bon port.

 

-A Tahiti

 

Rab 111

 

 

 

, même petit zinc et là, une bonne femme à l’accent pied noir a fait une telle scène qu’on est parti en surcharge, le     grand fils assis sur les genoux de sa mère. Règle de sécurité aérienne allègrement violée !

 

 

 

-De Johannesbourg (Afrique du sud)

 

 

)Rab 112

 

 

 

à Lusaka (Zambie)

 

,Rab 113

 

avec la « Zambia airlines » (ne riez pas…), un quart d’heure après le décollage, on revient au terrain d’aviation du départ. Je demande pourquoi. On me répond « Ce n’est rien ». Et pourtant je pense ne pas avoir rêvé, j’avais vu des flammes sur un réacteur. N’écoutant que mon courage, je suis reparti sur le même avion et on est arrivés à destination sans autre incident.

 

 Certains aéroports dits « internationaux » étaient vraiment limite.

 

-À St.Petersbourg,Sp 1

 

pas de livraison de valise. Il fallait escalader une montagne de bagages pour prendre le sien ! Le taxi loué par ma logeuse n’a pas eu l’air plus étonné que ça de m’attendre plus d’une heure.

 

 

-À Rangoon (Birmanie)Sp 2,

 

il fallait prendre son bagage sur le tarmac, au bas de l’avion.

 

-À Damas,

 

 

Sp3

 

 

j’ai peut-être évité le pire. Record des valises perdues, m’a-t-on-dit après. Le service bagages existait bien mais, paraît-il, beaucoup d’employés analphabètes multipliaient les erreurs.

 

Je n’ai jamais perdu de valise. Seulement 3 retards (d’un jour) dont un échange à la Réunion : exceptionnellement, ma valise était la copie conforme de celle d’un dentiste qui arrivait pour un congrès. La mienne avait été embarquée par ledit dentiste et, sans m’en rendre compte, j’ai pris celle qui restait.

 

 

 

                                                    - Le bateau,

 

 

lui, me faisait peur et, par exemple, je ne me suis pas risqué d’aller en rafiot de Mombasa à Zanzibar. L’Office de tourisme avait d’ailleurs eu la charité de me dire « Monsieur, on vous déconseille le bateau ! ». De même pour aller d’île en île en Polynésie, j’ai préféré l’avion.

  

 

 J’arrête là le récit de mes crapahutages. Je note pour finir que c’est aux Etats-Unis dans mes derniers voyages que j’ai finalement éprouvé les pires difficultés. Comme la Sncf chez nous, la Compagnie Greyhound avait fermé, en 1995 pas mal de lignes et j’ai paniqué. Il m’a fallu changer d’itinéraire et découvrir des villes improbables comme Boise, capitale de l’Idaho (j’y ai rencontré une communauté basque !). Allons, je garde un souvenir ému de Greyhound de la grande époque. Belle régularité, possibilité de dormir et espace où le chauffeur était le seul maître à bord. En Nouvelle-Angleterre   , l’un d’entre eux a arrêté sa machine en rase campagne, n’a pas fait que gourmander 2 jeunes qui avaient fumé dans les toilettes mais a téléphoné à la police qui est vite arrivée. Les 2 gamins sont partis en pleurnichant, menottés et encadrés par 2 cops à l’uniforme clinquant d’opérette. Son devoir fait, le chauffeur nous a dit « Peut-être que certains ont raté leur correspondance mais je ne m’excuse pas. Si vous voulez vous plaindre, voici mon nom et mon numéro. »

 

 

 

                                                                                                    TROUVER À SE LOGER ?

 

 

 

Là aussi, j’ai eu quelques galères maie je m’en suis sorti. Le plus souvent possible, je dormais chez l’habitant.

 

-Au Yemen,

 

 

Sp 7

 

 

 

dans une cambrouse sans hôtel, j’ai dû « choisir » une tente où des chèvres me tenaient compagnie…Rien ne ressemblait plus à une tente qu’une autre et j’ai dû recourir au service d’un gamin pour retrouver la mienne, le soir venu.

 

-En Inde

 

 

Sp 5

 

(une fois seulement), il a fallu m’allonger sur un banc public dans une gare, les chambres sur lesquelles je comptais étaient toutes occupées. Et, à mon réveil, j’ai fait ma toilette aux robinets de la gare. Un vrai SDF ! J’ai constaté que les Indiens étaient encore plus indifférents que les Français avec leurs vagabonds. Au demeurant, je ne leur demandais rien.

 

 

 

-Aux USA,

 

 

Sp 6

 

 

je crois bien que je n’ai fréquenté que 2 ou 3 hôtels en 5 ou 6 voyages. Dont un à Chicago où j’étais le seul Blanc. Etant dépourvu de préjugé de couleur, cela ne me gênait pas et il n’y a eu aucun incident (drogués ou émeutiers urbains).

Dans le même pays, donc, beaucoup de chambres à louer trouvées sans trop de difficultés. A Minneapolis, aucune indication du Guide du Routard et j’arrivais à 6 heures du matin après un voyage de nuit en Greyhound. Pas de panique ! J’ai attendu sur un banc une heure chrétienne pour consulter un Bottin et téléphoner.

Des appartements le plus souvent tenues par des femmes seules, d’âge canonique, ne fantasmez pas ! L’une à qui je demandais si elle avait une clé pour ma chambre m’a dit « Non. Mais s’il y a quelqu’un qui peut avoir peur, c’est moi ! » Comme si je ressemblais à un Charles Manson ! Une autre logeuse, au fort accent allemand (et au nom allemand) me demande brusquement et sans raison apparente : « Are you Jew ? » Etais-je tombé sur une Juive ou au contraire une nazie ? J’ai étouffé ma curiosité et la conversation s’est arrêtée après mon « No, why ? »

 

 

-En Haïti,

 

 

 

j’ai été accueilli à l’aéroport par des Turcos (Syriens émigrés) qui m’ont logé (belle maison) et même promené.

 

 

-Aux Antilles dites françaises

 

Rab 26

 

qui m’ont fort peu enchanté (rien des splendeurs de l’architecture cubaine ou dominicaine, gens peu sympathiques), j’ai logé à Fort-de--France chez des « métros » qui s’apprêtaient à regagner la France. Ils m’ont donné des

conseils pour éviter les ennuis ( le rhum et la drogue font des ravages ) . à Sainte Anne, la semaine du Carnaval, pas de chambre chez l’habitant et pas d’hôtel à moins de 80 euros. C’était, me disait-on, un prix normal. Eh bien, ce n’était pas le mien et j’ai devancé mon vol retour.

 

 

 

-  En Suisse

 

 

 

Rab 28.

 

 

Mieux valait ne pas vouloir dormir dans le canton le plus friqué, Zug . Prix des chambres plus élevés qu’à Paris. Mais la Suisse est un petit pays. Après un quart d’heure de train, on trouve à se loger à des prix raisonnables dans un canton voisin.

 

-En Angleterre,

 

 

Rab 30

 

 

 

un seul échec avec la même solution : dormir quelques kilomètres de la ville choisie.

Je conclus en me répétant : sauf les exceptions que je viens de signaler -et, pour le pittoresque de la chose, je suis content de les avoir rencontrées- je me suis « débrouillé » !

                                                                                                                       

                                                                       

           

 

                                                          Etre malade

 

 

Deux fois, en Sicile et au Népal. Une grosse fièvre mystérieusement tombée sur moi et dont je ne saurais jamais la cause car je n’ai pas consulté de médecin. De l’antigrippine (ça existe toujours ?) et en 24 heures c’était passé.

La « Tourista » ? Même chose : deux fois, d’abord en Thaïlande, pour avoir mangé une glace chez un restaurateur breton. Je faisais confiance à tort dans le sens de l’hygiène de notre compatriote. Et à Cuba pour avoir bu un verre de mojito où flottaient des glaçons.

En 1 ou 2 jours, j’étais guéri.

Il ne fallait absolument pas que je tombe malade longuement, même si j’avais une assurance rapatriement et ce n’est pas arrivé. « Triumph des Willschaft » ou bénédiction divine ?

 

 

 

                                                                                 Avoir des accidents

 

 

 

Quatre à tout casser (expression vraiment mal choisie…)

 

 

Dans un trek en Thaïlande (sous la conduite d’un guide birman)

 

 

Rab 31

 

 

 je tombe. Rien de cassé mais une petite plaie. J’oubliais que dans les pays tropicaux, la cicatrisation est lente. J’ai fini par aller à l’hôpital où on m’a donné des antibiotiques.

 

Au Népal,

 

 

Rab 32

 

Je marchais seul mais je ne manquais pas de rencontrer beaucoup d’autres marcheurs, certains de vrais athlètes mais aussi une femme de 70 ans qui faisait porter son sac par un sherpa et avançait à une allure d’escargot- j’ai fait un faux mouvement et j’ai eu l’impression de me fouler le pied. Ça ne m’empêchait pas de marcher mais c’était douloureux. A l’étape, un bain de pied à l’eau chaude, l’application du baume du tigre et le lendemain je repartais sans problème.

 

Au Cap-Vert,

 

 

Rab 33

j’avais eu le culot d’entreprendre une longue marche en montagne, alors qu’on m’avait dit que c’était dur. Je ne suis pas tombé jusqu’à 500 mètres de ma destination, en plaine. J’avais les jambes en coton et un caillou de rien du tout m’a fait chuter. J’en ai été quitte pour une plaie. Pendant le même temps, un groupe de fiers montagnards qui m’avaient croisé et dépassé a été bloqué plusieurs heures dans l’attente d’un hélicoptère pour transporter l’un d’entre eux qui s’était pour de bon cassé la jambe. J’avais bien fait de choisir de partir seul 

 

  Aux Philippines,

 

j’ai marché sur des oursins

.Rab 34

 

Heureusement sur un seul pied, heureusement l’avant-dernier jour. J’ai ainsi pu claudiquer jusqu’à Paris et, là, me faire enlever les piquants un à un.

 

 

                                                                            -ÊTRE AGRESSÉ ?

 

 

 

Comment éviter totalement les agressions ? Impossible mais on peut dire que j’ai limité les dégâts.

 

 

-A Miami Beach,Résultat de recherche d'images pour "miami beach"

 

 

pas sur la plage mais en retrait, je vois 2 grands « Africains-Américains » (c’est l’appellation « politically correct ») avancer calmement dans ma direction et me demander tout aussi calmement mon portefeuille. Je leur dis « Mais je n’ai que des travellers checks »  et c’était vrai. Ils ont voulu vérifier et sont partis avec 3 dollars en liquide, sans se venger de leur désillusion. Bloody day for them mais je ne doute pas qu’ils se soient rattrapés avec quelque autre touriste.

 

-À Capetown,

 

 

 

Capetown

 

 

dans le quartier malais, jet de cailloux. Il ne s’agissait vraisemblablement pas de me faire mal mais de m’envoyer un avertissement : allez-vous promener ailleurs ! Avertissement reçu, je me suis tiré.

 

-Quelque part en Inde du sud, même chose auprès d’un temple

 

 

  

 -Au Yémen demi-mystère : avec mes compagnons de balade, onentend des coups de feu assez proches. Nous n’avions pourtant pas essayé de photographier des femmes, on nous avait avertis du danger. Ce devait être des chasseurs.

 

-À Istanbul (Turquie), je termine le tour à pied de la muraille byzantine extérieure quand j’entends des coups de feu. Je panique quelque peu, je signale l’évènement au premier Turc rencontré. Aucune explication et, plus inattendu, aucun étonnement. Un terroriste qui s’entraînait ? Je ne le saurais jamais. 

 

                                                                             -ÊTRE VOLÉ ?

 

 

Encore plus difficile de passer à travers. Cependant, tordons le cou à l’antienne qui m’énerve prodigieusement « C’est partout pareil ! » Non, non et non ! Il y a des pays où vous avez 50% de chances de vous faire voler (Italie du sud, Afrique sub-saharienne…) et d’autres 1% (Cuba, Berlin, Scandinavie…). Sacré différence et, pour tout dire, rien à voir !

4 vols pas vraiment catastrophiques. Jamais de vol d’argent, bien à l’abri dans ma banane (sous pantalon)

-À Palerme (Sicile),

Rab 35

 

 

vol à l’arraché de mon appareil photo porté en bandoulière par 2  vespistes. La honte de ne pas avoir résisté, certes. Mais l’assurance m’a remboursé. 

 

 

A Bari Pouilles

 

 

Rab 36

A 2 pas de la Préfecture de police et en présence de mammas assises sur leur trottoir, vol à l’arraché par 2 piétons, de mon sac photo pourtant porté en baudrier. Avec l’usage d’un cutter par les truands, je n’ai pas mis longtemps à me faire dépouiller. A me battre, je risquais une mauvaise balafre. Un gamin me mène à la préfecture. 10 minutes à faire ma déposition et un autre gamin me ramène mon sac vidé seulement de l’appareil photo. Les pellicules, vierges ou non, étaient là. Evidemment, aucune suite à ma plainte.

 

A Addis abbeba

 

),Rab 37

 

 Plus grave, c’est mon grand sac contenant objets audio-visuel mais aussi trousse de toilettes qui m’a été dérobé à 5 heures du matin sur le chemin de la gare routière. L’Office de tourisme à Paris m’avait dit que leur pays était sans risques ! Plus sincère, sur place, le Commissaire que je dérangeais (c’était le jour de son mariage !) m’a dit qu’en Ethiopie il valait mieux ne pas marcher seul ! Il aurait mieux valu que je le sache avant ! Aucune suite à ma plainte bien sûr malgré mon intervention auprès de l’Ambassade de France que j’ai eu l’air de beaucoup importuner.

 

 -À Cadaquès (Catalogne ibérique),

 

 

Rab 38

 

 Dans ma chambre, quelques pièces et billets (pas grand-chose, ce n’était qu’une sortie de week-end). Je soupçonnais le logeur qui, en toute hypocrisie, faisait le désolé. La Police m’a dit que dans cette ville, mieux valait choisir un logement près de la Guardia civil. Là aussi, j’aurais bien aimé savoir ça avant !

 

Voilà. J’en ai terminé avec l’énumération de mes ennuis pas mortels et vraiment pas nombreux en plus d’un quart de siècle de vadrouille. Je considère que j’ai relevé le défi de ma famille !

Je ne regrette pas du tout d’avoir choisi ce style de voyage, quoi qu’en pensent  sans doute la majorité de mes lecteurs et mes proches que je n’ai pas pu convaincre de m’accompagner (« Non, il me faut du confort ! » « Non, je travaille et je n’ai pas le temps de préparer le voyage ! ») C’était peut-être mieux, il faut vraiment bien s’entendre pour crapahuter à deux. Et « Chacun sa vie ! » Pourtant, si mon choix était minoritaire, il n’était pas si exceptionnel que ça. J’ai rencontré un octogénaire qui avait fait la Chine tout seul !

Il faut tout de même dire que, plus jeune, on est insouciant. Si j’ai pris ma retraite de routard, ce n’est pas seulement pour cause de faiblesse physique mais aussi parce que je panique plus facilement. J’en arrivais à « sur-préparer » mes voyages et encore j’éprouvais quelque angoisse avant de partir.

Et puis je voyageais dans un monde qui, à l’époque, était plutôt calme. Le terrorisme islamiste n’existait pas. Serait-ce raisonnable aujourd’hui de parcourir en solitaire le Baloutchistan pakistanais, la Syrie, la Turquie etc… ? Evidemment non. Eh bien je l’ai fait sans dégâts.

Quant aux pays restés calmes, ils se sont développés en même temps qu’un tourisme de groupe correspondant à mes inclinations. Je voyage désormais avec « Arts et Vie » (Pays baltes, Arménie, Iran) et j’en suis très satisfait. 

 

Cela est bel et bien. Mais si je m’étais ennuyé comme un rat mort dans mes voyages? J’aurais envié les voyages organisés ! Cela n’a pas été le cas. Quelques bons souvenirs de rencontres le prouvent, à mon sens.

 

 

 

 

II-UN TOURISME SANS ENNUI

 

 

-LES SITES VUS OU NON

 

Ai-je loupé des belles choses en voulant voyager seul ?  

Vraiment très peu, même aux USA. Le « Monument valley », regret éternel

 

 

Monument

 

 

et quoi d’autre ? Je ne vois pas, sauf pour cas de force majeure et il en aurait été autant si j’avais pris un voyage organisé. Ainsi l’île du Mont désert, dans le Maine (demeure de MargueriteYourcenar) : dès septembre, température glacialeet neige, les bus ne circulaient plus. Ainsi, le parc de Yellowstone qui brûlait

 

.Yellowstone parc

 

 

Mais les pyramides d’Egypte, les jardins de Shalimar (Pkistan), le Taj Mahal (Inde), le temple de Borobodur (Java), Angkor Vat (Cambodge) etc…etc…je ne vais pas énumérer les merveilles du monde -bien plus nombreuses que 7- que j’ai vues et admiré es ! Mais je ne parlerai d’aucune. Vous en avez au moins entendu parler et, quant à donner mes impressions personnelles, je vous ai dit que je ne faisais pas œuvre d’écrivain !

Ce que je vais relater, ce sont mes rencontres.

 

 

1-RENCONTRES AVEC D’AUTRES TOURISTES

 

 

Deux ou trois lignes.

Vous ne vous étonnerez pas qu’un routard solitaire ait envie de communiquer avec des confrères routards, français ou non. « Quand un vicomte… » chantait Maurice Chevalier. Je ne m’en suis pas privé et les jours d’isolement étaient rares. Evidemment, c’était bonjour et adieu. Priorité au tourisme ! Je restais au maximum 3 jours dans une même ville.

Exceptions : 

- Un couple habitant à Paris, à 5 00 mètres de chez moi. Nous avons loué ensemble un 4X4 pour découvrir le Yémen. Ils m’ont invité chez eux une fois. Il n’y a pas eu une deuxième fois. C’étaient des aficionados et moi j’ai horreur des corridas.

-Un Anglais de Brighton rencontré à Lesbos et qui m’avait laissé son adresse. On s’est revus chez lui.

-Un jeune couple anglais rencontré par hasard 2 fois en Egypte et qui m’ont, eux aussi,  invités chez eux. Lien plus durable : chaque fois que je vais à Londres, je couche chez elle (lui est parti), belle économie ! Et je l’ai reçue une fois à Paris.

 

 

 

2-RENCONTRES AVEC DES AUTOCHTONES

 

 

Je pourrais m’étendre très longtemps, mais  cet exercice d’écriture doit rester dans certaines limites. Je vais noter les souvenirs encore frais et ils sont déjà nombreux. Ai-je-je une mémoire un peu supérieure à la moyenne ? En tout cas, faites-moi confiance, je n’invente rien (idem pour mes souvenirs de guerre et de collège publiés ici même).

 

 

 

2-1-DES RELIGIONS

 

Je commencerai par faire le tour des religions, je veux dire d’un certain nombre de leurs fidèles.

 

-Les Juifs

 

-Le rabbin de la synagogue d’Alexandrie

 

 

Rab 1

 

Une immense synagogue, au moins de la taille du temple de la Victoire à Paris. Très bien tenue et…vide. Le rabbin me reçoit en tête à tête et, après m’avoir demandé si j’appartenais à la communauté et que je lui ai répondu que non, n’hésite pas à me conter dans un français parfait une histoire qui se termine : celle du judaïsme d’Egypte au passé si glorieux et à la mort assurée. « Bientôt nous ne serons même plus assez nombreux pour célébrer la prière (10). Ce n’est pas que le président (à l’époque Sadate) nous persécute, au contraire mais l’hostilité populaire est trop forte. Quand je pense que Sadate m’avait invité à l’accompagner pendant son voyage à Jérusalem ! ». Je lui ai exprimé ma compassion.

 

-Le rabbin de la Ghriba à Djerba (Tunisie)

 

 

Rab 2

 

Une vieille synagogue vue au lendemain d’un attentat qui a fait partir les derniers Juifs de la Tunisie. Presque tous, sauf un vieux rabbin qui m’a demandé de le photographier et de lui envoyer le cliché. J’ai appris quelques années après que le pèlerinage avait repris et que les exilés en France y étaient assidus.

 

-Le Juif de Munich

 

Rab 3

C’était en 1976, 21 ans après la fin de la Guerre. Je me promène dans la capitale bavaroise. Sans doute ai-je demandé mon chemin. Mon interlocuteur comprend vite que je suis français « Très bien, moi je suis francophone. Je vous invite chez moi ! »

Et de m’apprendre qu’il était juif allemand et qu’il avait fait de la Résistance en France et même en Drôme, notre département voisin, sous le pseudonyme de Loubet, le nom de l’ancien maire de Montélimar et président de la République (et aussi le cousin germain de mon bisaïeul). Il n’a pas hésité à m’avouer un crime de guerre (selon les accords de La Haye) : sa petite troupe a pendu les 2 prisonniers allemands qu’elle avait capturés.

Il avait une compagne réfugiée de Silésie. Il m’a dit « Figurez-vous que les Bavarois ne savent même pas où c’est ! » La perte de l’Allemagne transelbienne pas plus grave que la perte de l’Algérie pour la France ? A voir.

 

   

-Les Musulmans

 

C’était avant Al Quaida et autres Daesh. Je désirais beaucoup échanger avec les disciples de Mahomet qui, d’ailleurs, ne rechignaient pas à me répondre. Ils se laissaient même filmer. Ils se présentaient bien sûr comme des hommes de paix.

 

-Un Chiite au Liban :

 

Rab 5 

 

« Vous êtes chrétien ? Eh bien sachez-le nous sommes absolument amis avec vous ». Heureux de l’apprendre ! Attentat du Drakkar, attentats iraniens de Paris ? Des détails de l’Histoire sans doute…

 

 -Un frère musulman en Egypte (il ne me l’a pas dit, mais c’était clair) :

 

Rab 6

 

« Avec des vrais musulmans, aucun risque de conflit avec les Chrétiens ». Affirmation à vérifier, isn’t it ?

 

 

- Au Yémen

 

Rab 7

 

(pays interdit au Tourisme aujourd’hui pour cause de guerre civile aggravée par l’intervention saoudienne), j’ai eu la mauvaise idée de partir en période de Ramadan.

Eh bien, j’ai vu ce qu’était un jeûne strict et obligatoire. Tous restaurants  fermés jusqu’à la rupture du jeûne, tard le soir. Je prenais un yaourt dans un kiosque et je sentais se poser sur moi des regards pas trop sympathiques. Je me justifiais en disant « I’m christian ! christian ! »

 

 

 

-Les Chrétiens

 

 

- Pour avoir le contrepoint , une Maronite de Tyr (Sud-Liban)

 

Rab 8

 

qui me dit : « On va disparaître dans cette région à majorité chiite. Déjà, à la veille des  élections, on a des visites de candidats chiites avec un propos comme : Je crois, Madame, qu’il vaut mieux pour vous que vous votiez pour nous ».

 

-Des Chrétiens à Damas

 

Rab 9s

 

Sortant d’une église. Je leur demande ce qu’il en est de la laïcité officielle du régime bassiste. Réponse : « C’est une blague ! C’est plutôt les catacombes ici ! »

 

-Même réponse au Maroc.

 

Au Maroc aussi, on m’invite à un mariage berbère.

 

Rab 53

 

 

Mystère de l’accueil arabe. Au bout d’un moment, sans que j’aie provoqué le moindre scandale, on me dit de partir. Dommage.

 

-En Tunisie,

 

Rab 10

 

un prêtre avait tellement intégré la situation minoritaire des Chrétiens qu’il était contre la visite (d’un jour !) du pape

 

-Un moine du Mont Sinaï

 

Rab 11

 

me dit « Il vaut mieux pour les Chrétiens un dictateur comme Saddam Hussein. Les Chrétiens vivent tranquilles en Iraq. Dans une démocratie comme le Liban, on a eu une guerre civile de 15 ans ! ». Avec les évènements d’Iraq et de Syrie, difficile de donner tort à ce brave moine.

 

 

 -A Izmit (Turquie),

 

Rab 12

 

Un Turc francophone m’aborde dans la rue « Ah ? Monsieur, vous êtes français et chrétien ? Oui ? Eh bien, je voudrais me convertir. Pouvez-vous m’indiquer comment faire ? » Ouh la la! J’ai eu peur d’une provocation d’un islamiste et je me suis défilé…

 

-Au Mont  Athos

 

Rab 13

 

 Le  pays du temps immobile, Byzance éternelle : paysage splendide mais moines peu sympathiques. On vous faisait manger mais attention ! Pas question d’avoir les mains dans le dos, obligation de faire le baise-main et distribution de fascicules « Pourquoi le Catholicisme est dans l’erreur »

 

 

Les Hindous

 

Rab 39

 

-En avant-première d’un spectacle  de kathakali (danse masquée)

 

 

, le présentateur nous apprend que l’hindouisme n’est pas un polythéisme. Ah bon ? « Dieu est  tellement grand qu’aucune image ne peut le figurer. Les Hindous ont logiquement décidé d’en avoir 36 000 représentations. » Vrai ou pas vrai, ça donne à réfléchir.

 

-Accueil pas toujours sympathique dans les temples. Aucune interdiction de principe et, pourtant, en Orissa, sans que j’aie causé le moindre scandale, j’entends un « Get off ! » 

    

 

 Les Boudhistes 

                             Image associée

  

Une image de paix qui ne m’a pas semblée usurpée. Aucun problème pour accéder aux pagodes même au temps de la prière. Des monastères avec des foules de bonzillons joyeux, aussi chahuteurs que nos enfants.

J’ai rencontré un prêtre devenu moine boudhiste. Je lui ai dit « Ah? Vous vous êtes converti ? » Il réplique : « Oh ! Quelle expression inadéquate ! ». Et de partir sur la méditation, activité essentielle et si difficile à ses dires.

Je lui demande si ce n’est pas un problème de consacrer à l’état monastique (célibat obligatoire), pour la vie, un enfant sur trois ou quatre. Il me répond que non, ces enfants vivent dans des conditions matérielles confortables. Quant au célibat : « Vous savez, il y a dans les monastères une vie sexuelle pas négligeable ». Allons bon !

  

LA RELIGION VAUDOU EN HAÏTI 

 

 

Rab 51

 

 

Des gamins me demandent si cela  m’intéresserait d’assister à une cérémonie vaudou. Je dis oui, en soupçonnant que ce devait être un truc pour touristes. Eh bien, peut-être naïf, après coup, je n’en étais pas convaincu. J’ai assisté à une transe, la danseuse coupant le cou d’un poulet d’un coup de dent. Je demande au gamin « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? » Réponse : « l’esprit était trop fort, elle n’a pas résisté » Allez savoir…

  

2-2-DE LA PROSTITUTION

 

 

On change de sujet, si vous le voulez bien, triste sujet selon moi : la prostitution.

Croyez bien que je ne l’ai pas recherchée, j’ai encore moins « consommé » mais il est difficile de ne pas en parler.

 

-PROSTITUTION AFFICHÉE EN EXTRÊME-ORIENT

 

 

Apparemment, pas plus de complexe dans ces pays que dans la Rome antique.

 

-En Thaïlande,Thai 1

 

fin de trek, on nous mène sous une tente. On voit une scène très éclairée, des filles habillées normalement, assises et s’occupant (ou faisant semblant) à tricoter, chacune portant un numéro en gros caractères. Un homme circule dans l’assistance plongée dans une demi-obscurité et attend qu’on lui indique un numéro. Et la fille, avertie, de quitter la scène pour l’arrière…

 

 

 

-Au Cambodge,Thai 2

 

on me dit « Vous voyez, en face, c’est la « maison des poulettes » (en français dans le texte) Ça vous intéresse ? » J’ai compris assez vite que les poulettes en question n’avaient pas d’ailes…Les filles étaient louées à la semaine. Un Allemand m’a dit « C’est bien, au bout de 2 jours, on oublie qu’il s’agit de prostitution » Et allez donc…

-Aux Philippines, c’est un garçon d’une quinzaine d’années qui m’aborde. Pas ma tasse de thé, je lui demande tout de même, sans lui faire la morale, si cette activité   lui paraissait normale. « Mais oui. Pourquoi pas ? » De fait, j’avais lu dans l’avion un journal philippin qui défendait sans hésitation la prostitution infantile. 

 

-PROSTITUTION HYPOCRITE EN TERRE D’ISLAM

 

Pas de prostitution de rue, pas de bordel ouvert aux 4 vents mais…

 

-Une anecdote où j’ai été plutôt ridicule…

 

 

C’était à Lahore (Pakistan)

 

 

,                    Lahore

 

 

deuxième ville du pays. Je rencontre dans la rue deux jeunes. On discute un moment. Ils me demandent ce que je pense de leur pays. Je leur réponds qu’il y a beaucoup de belles choses mais, imprudemment, la suite me le démontrera, que je regrettais le manque de propreté des rues. Il faut dire que les éboueurs passaient une fois par semaine et, au sixième jour, on circulait entre deux murs d’immondices. Je leur dis aussi que j’aimais beaucoup le chant religieux soufi illustré par l’immortel Nusrat Fateh Ali Khan

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et que je voudrais bien assister à un concert. Réponse « Ça va être possible. Rendez-vous à tel endroit, vous nous trouverez et on vous indiquera où aller. Au fait, vous n’êtes pas gay ? –Non, pourquoi ?-De rien». La suite m’a prouvé que la question n’était pas gratuite…

Je retrouve mon rendez-vous (qui disparaît tout de suite). J’entre à l’adresse indiquée. Un musicien me joue quelques airs au mini-accordéon local. On me demande quelques sous. Une porte s’ouvre, nouveaux airs de musique, nouvelle demande d’argent, je trouve ça suspect. A la troisième porte, j’ai compris, j’étais dans un bordel et je m’en vais. Dans la rue, je signale l’affaire à un policier qui rigole…D’accord, au revoir et pas merci ! Il est clair que les jeunes avaient voulu se venger des propos pas unanimement élogieux que j’avais tenus sur leur pays.

-On connaît l’horreur officielle des pays musulmans envers l’homosexualité. L’inénarrable Ahmanidejab (ancien président iranien) avait même déclaré que ça n’existait pas dans son pays ! Eh bien, en Tunisie, vous avez des moustachus qui vous draguent sur les plages…

 

-PROSTITUTION TOUT AUSSI HYPOCRITE EN PAYS COMMUNISTE

 

A Cuba,

 

                         Cuba

 

 

Castro avait critiqué « le bordel des Américains » sous le régime Battista, fermé les maisons closes et décidé de « rééduquer » les prostituées. Résultat pas vraiment convaincant si j’en juge par le comportement d’une de mes logeuses dans une petite ville Elle me présente une fille très jeune, toute timide (et très résistible) pas pour prendre le café évidemment. Je réponds que ça ne m’intéresse pas. « Ah bon ? Au moins, elle vous plaît ? ». J’ai répondu oui, pour ne pas fâcher la maquerelle et surtout la pauvre fille.

 

 

 

 

2-3- POUR TERMINER

 

 

De tout autres souvenirs, les premiers pas gais, le dernier qui réchauffe notre cœur de Français…

 

 

-DISCUSSIONS POLITIQUES EN PAYS DE DICTATURE

 

Dangereux, encore plus pour les autochtones que pour moi. Ce n’est pas allé loin.

 

-Tout de même, en Syrie (1998)

 

Rab 101

 

 

 j’ai eu l’occasion d’entendre la réponse d’un jeune syrien devant qui je m’étonnais de voir tant de portraits de Hafez Al-Assad « Mais c’est que nous l’aimons beaucoup ». J’ai retenu mon fou rire…

 

 

-A Cuba, un de mes logeurs, après m’avoir tâté, m’a dit tout le mal qu’il pensait du régime castriste

 

. Rab 102

Un chauffeur de taxi m’a demandé ce qu’on pensait de Fidel en France. Je lui ai répondu très honnêtement que sa popularité, très grande au début du régime, était plutôt basse aujourd’hui. Pas de réaction. Mais, mais…Je lui avais demandé de me prendre le lendemain. A l’heure dite, personne ! Est-ce que je fantasme ? J’ai pensé à la vengeance d’un chauffeur castriste.

 

 

 

 

RENCONTRE POLICIĖRE EN HAÏTI

 

 

C’était en 1979, au beau milieu du règne de Jean-Claude Duvalier, dit « Baby Doc »

 

Baby doc.

 

Comme tout le monde, j’avais entendu parler des « Tontons Macoute »

 

Tontons macoutes

 

, cette police spéciale au service de la dictature. Les rencontrerais-je ? Eh bien oui. J’étais sur la plage quand j’ai vu surgir 2 ou 3 d’entre eux armés jusqu’aux dents. Ils ne m’ont pas ennuyé et j’ai entamé la conversation avec eux. Très fiers d’eux, ils m’ont dit qu’ils surveillaient les côtes et que, si une barque suspecte approchait, ils tireraient. J’ai été heureux qu’aucun bateau suspect ou non (comment distinguaient-ils ?) ne se soit approché.

Quelques jours après, j’ai fait la découverte des « Fillettes Lalo », le pendant féminin des « Tontons macoute ». Cela veut dire les femmes de la Loi.

Le nom était particulièrement drôle car, en fait de fillettes, il s’agissait de femmes approchant du quintal…

 

 

 

-RENCONTRE D’ANCIENS COMBATTANTS DU FLNC EN CORSE

 

C’était en 2005 dans la splendide Bonifacio. Impossible de trouver une chambre en hôtel. Pas de panique, je frappe à une grande maison. Coup de bol : « Bien sûr, nous pouvons vous loger ». Non seulement ce n’était pas cher mais j’avais à ma disposition une grande chambre et une cuisine. Le soir, je viens faire la causette avec le vieux couple de propriétaires. Voyant que j’étais un « pinzutti »

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sans aucune hostilité envers les indépendantistes, ils me disent que les maquisards du FLNC

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se réunissaient chez eux pendant les années de lutte, que le choix de la violence était nécessaire et m’ont donné leur journal à moitié clandestin « U ribombu » (le rebond, mot qu’ils me mimaient)

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Là, c’est sûr, en voyage organisé, je n’aurais pas rencontré ce couple !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-LES FRANCO-INDIENS DE PONDICHÉRY

 

Rab 100

 

 

Qui a dit que la colonisation était un  crime contre l’Humanité ? Pas partout, pas toujours si l’on en croit les habitants de notre ancien comptoir. Mon logeur avait gardé non seulement notre langue mais notre nationalité et il m’a déclaré la garder jusqu’à sa mort.

 

 

Fin des souvenirs, toujours bien présents à ma mémoire. Vous avouerez qu’en voyage organisé, j’aurais eu peu l’occasion d’avoir ces contacts.

Et si mes anciens camarades pouvaient raconter aussi des détails de leur vie ? Je les lirais avec plaisir sur ce site (car je ne doute pas que Jean-Paul accueillerait votre prose.)

A votre ordi ! 

FRANCIS

francesoc@orange.fr

Au « Bahut » de 1949 à 1956

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  Paris

  

 

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